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Haïtiens, à vos masques !

—par Jean Saint-Vil géographe

En ce début du second trimestre de l’année 2020, où 204 pays et territoires sont désormais frappés par la pandémie du nouveau coronavirus ou Covid-19, la demande de masques de protection respiratoire explose partout dans le monde. En conséquence, le port de masques s’est imposé comme une nouvelle mode, du Japon au continent américain en passant par les pays de l’Europe.

Quand nous parlons de mode, c’est loin d’être une mode vestimentaire, mais une mode imposée dans le contexte de la lutte contre la pandémie actuelle et en même temps un mode de protection contre ce fléau qui, au 16 avril 2020, s’est illustré par plus de 2 101 164 cas de contamination provoquant 140 773 décès dans le monde d’après les données provenant de sources officielles.

Habitués au port des masques pour les déguisements en période carnavalesque, les Haïtiens s’alignent timidement depuis environ trois semaines sur la tendance en cours de généralisation dans le monde de port de masques de protection respiratoire en raison de la grande panique liée à la nouvelle pandémie du coronavirus. Depuis une déclaration du Premier ministre Joseph Jouthe en date du 30 mars 2020, puis d’une intervention du Président le lundi 13 avril 2020, les Haïtiens sont fortement encouragés à porter un masque de protection respiratoire.

L’objectif de cet article, en plus d’être pédagogique concernant la demande et l’offre actuelle de masques dans le monde, est de faire la lumière sur les limites de la perspective de la généralisation du port des masques dans le pays.

Cette étude sur les masques de protection respiratoire présente un intérêt indéniable en Haïti dans la mesure où, en l’absence d’un minimum d’infrastructures sanitaires, elle permettra d’évaluer l’efficacité du port du masque dans un pays ne disposant que de quelques maigres mesures-barrière pour faire face à la pandémie.

Le masque, comme mesure de protection respiratoire

1.1 La voie aérienne, l’une des voies privilégiées de transmission du Covid-19

Le Covid-19 a été considéré jusqu’à il y a peu comme une maladie respiratoire violente qui se transmet souvent par voie aérienne par un virus affectant les poumons. Les recherches qui se sont développées au cours des trois derniers mois recommandent un certain nombre de mesures de protection respiratoire dont le port de masque ou cache-nez ou d’autres dispositifs comme le foulard ou le bandana.

On considère généralement que cette transmission aérienne est due principalement aux germes expirés dans les aérosols ou dans les postillons des malades ou d’autres porteurs du coronavirus en parlant, en toussant ou en éternuant. Mais, on trouve le virus également dans l’air de chambres occupées par des patients en isolement ou en quarantaine ainsi que dans les toilettes à usage collectif et dans les salles où les soignants enlevaient leurs équipements de protection et même quand on secoue les vêtements, les draps usagés ou non utilisés.

1.2 Comment se présentent les masques de protection respiratoire ?

Les masques de protection respiratoire sont un dispositif de protection très simple, de forme de plus en plus variée depuis la crise sanitaire du coronavirus. Pour les masques les plus ordinaires, on utilise le plus souvent deux morceaux de tissus de préférence à maillage serré ou en papier de format rectangulaire, environ 25x15 cm, à coudre l’un sur l’autre, que l’on relie à deux rubans élastiques qui permettent de les fixer aux oreilles et /ou sur la tête. Actuellement, on voit des masques de toutes les formes, depuis les masques chirurgicaux classiques avec plis jusqu’aux masques respiratoire avec des bandes en tissu en passant par les masques avec une couture au milieu dans le sens vertical.

Jusqu’avant la crise actuelle, le marché était dominé par deux types de masques de fabrication industrielle :

  • les masques dits chirurgicaux, que l’on trouve le plus souvent en pharmacie ;
  • et les masques proprement dits de protection respiratoire.

1.2.1 Les masques chirurgicaux

Les masques chirurgicaux, en plus de posséder un filtre, contiennent des plis qui s’adaptent à la forme du visage. On a longtemps considéré que les masques chirurgicaux étaient d’une efficacité limitée pour se protéger contre le coronavirus.

Au départ, il a été véhiculé l’idée que les masques chirurgicaux ne permettraient de ne protéger que les personnes avec lesquelles le porteur, en l’occurrence le chirurgien, était en contact, c’est-à-dire son entourage, mais aussi les autres individus qu’il côtoie dans les lieux publics. En conséquence, ces masques ne protègeraient pas directement leurs porteurs et seraient inefficaces chez les porteurs non malades qui veulent éviter une contamination. Ces masques vendus en pharmacie doivent être jetés dès qu’ils sont mouillés ou souillés et doivent être changés après quatre heures d’utilisation si on les porte dans des conditions réglementaires. Néanmoins, on peut soi-même fabriquer son propre masque chirurgical en suivant les instructions sur Internet.

1.2.3 Les masques de protection respiratoire proprement dits

Ils sont généralement désignés par le sigle anglais FFP qui signifie « Filtering facepiece particules », (en français, pièce faciale filtrante). Plus performants, ces masques comprennent un dispositif de filtration—on dit aussi pénétration—efficace des bactéries et des aérosols, qui protège d’une éventuelle contamination d’un tiers par voie respiratoire.

Traditionnellement, on utilisait deux couleurs pour les masques de protection respiratoire : le blanc et le bleu. À la faveur de la crise sanitaire actuelle, toutes les couleurs sont bienvenues, l’essentiel étant d’assurer une fonction de protection.

Pour ce type de masque, les normes mises au point dans les pays industriels comprennent des tests de résistance mécanique, de résistance à la respiration et d’obstruction, pour la plupart complètement ignorées dans les pays du Tiers-monde.

Il existe plusieurs types de modèles de masques FFP, hiérarchisés selon le degré de filtration, le chiffre désignant le degré de filtration des particules—qui dépend du maillage des tissus—de 78% à 98%. Plus d’un pense que ce type de masque offre une double protection, à la fois pour le porteur et les personnes alentour.

Le masque FFP1 est un simple masque antipoussière qui filtre des particules à partir de 78%.

Le plus populaire d’entre les masques de protection respiratoire est le masque FFP2, généralement en tissu, également appelé le masque à bec de canard ou masque canard. Il filtre au moins de 92%, jusqu’à 97%. Son équivalent aux États-Unis est le modèle N95 certifié par l’Institut national américain de la santé et de la sécurité au travail (NIOSH) pour les usages industriels. Il est recommandé « contre les virus de la grippe, l’influenza virus B, la grippe aviaire, le SRAS, le coronavirus, le COVID-19, la yersinia pestis, la tuberculose ainsi que les utilisations indiquées dans FFP1 ».

Ce type de masque demeure la protection de référence en cas d’épidémie. Son port est préconisé pour les personnes à risque majeur d’exposition, comme les personnels soignants, beaucoup plus exposés au risque de contamination. Les masques de protection respiratoire de type FFP2 sont utilisés notamment dans l’industrie, et les approvisionnements en ce type de masque sont actuellement sous tension.

Comme il est en tissu, on peut le laver et donc le réutiliser au maximum une trentaine de fois, après chaque port, à condition de ne pas le porter sans entretien pendant plus d’une journée. Le masque de protection le plus élevé, selon la norme européenne, est le masque FFP3 qui assure une filtration à 98% des particules. D’après Wikipédia, il protège « contre de très fines particules, par exemple, l’amiante et la céramique, les procédures médicales qui génèrent des aérosols (intubation endotrachéale), bronchoscopie, wash broncho-ventilation alvéolaire manuellement avant l’intubation, la ventilation non invasive, trachéotomie et utilisations mentionnées dans FFP2 et FFP1 ». Au final, les masques FFP3 sont protecteurs pour celui qui le porte, mais absolument pas pour son entourage, contrairement aux masques chirurgicaux qui protègent seulement l’entourage du porteur. Donc, leur port n’est pas vraiment recommandé contre le coronavirus.

En raison de la pression qui se porte sur les masques en cette période du coronavirus, les masques se sont diversifiés. Partout on fabrique des masques qui ne correspondent pas aux normes en vigueur, l’essentiel étant désormais de se couvrir le visage, comme le disent les autorités sanitaires de presque tous les pays qui, depuis trois semaines ont appelé « les populations à se couvrir le visage avec des masques artisanaux, des foulards ou des bandanas, afin de réserver les masques médicaux aux soignants ». Quoiqu’il en soit, l’heure n’est plus au débat portant sur la qualité et l’efficacité des masques. Il faut porter quelque chose pour limiter les dégâts. C’est de cette manière qu’il faut voir le type de masque préconisé le lundi 13 avril par Emmanuel Macron « le masque grand public », en tissu lavable et réutilisable. Certains croient qu’il ne protège pas vraiment le porteur, mais plutôt les personnes autour de lui. D’autres pensent qu’il retient les gouttelettes contaminées.

En conclusion partielle, il est admis que les masques chirurgicaux—efficaces pour les projections—qui sont utilisés par la plupart des gens ne peuvent qu’arrêter les grosses gouttelettes et les éclaboussures qui pourraient contenir des virus, des bactéries ou d’autres germes. Cependant, il laisserait toutefois passer les petites particules infectieuses, donc le coronavirus dont la taille est petite par rapport aux bactéries. Parallèlement, les masques FFP généralement plus épais et qui s’attachent mieux au visage offrent un meilleur ajustement et une meilleure étanchéité—au moins 90% de taux de filtration à partir des FFP2.

Il faut savoir aussi qu’aucun masque ne protège les porteurs et leurs vis-à-vis à 100%, la marge de risque étant d’au moins 3% dans le meilleur des cas.

Le débat récent sur l’efficacité du port du masque.

Jusqu’à fin mars, le débat faisait rage sur l’efficacité du port du masque dans de nombreux pays dans le contexte de l’extension spectaculaire du coronavirus.

2.1 Les positions initiales des grandes puissances

La position de l’OMS, des États-Unis, de la France et du Canada entre autres a été pendant longtemps la même à peu de différences près, ne reconnaissant aucune efficacité quant au port du masque, pour la protection des personnes saines. Plus d’une autorité dans les grands pays ont déclaré à plusieurs reprises que les masques ne sont utiles que pour éviter les projections contre l’entourage et non pour se protéger soi-même d’une contamination.

La France a longtemps recommandé le port du masque uniquement pour les personnes ayant séjourné dans les zones identifiées « à risque »—la Chine, Singapour, l’Iran, la Corée du Sud ; la Lombardie, la Vénétie en Italie—et ce « pendant les quinze jours suivant leur retour ». Le port du masque sanitaire « est également plus que recommandé pour les malades afin d’éviter la diffusion [cela s’entend de la contagion des personnes] de la maladie par voie aérienne », a poursuivi M. Véran, « pour lequel l’efficacité des masques n’est pas démontrée ».

De son côté, Jérôme Salomon, le directeur général de la santé en France avait indiqué qu’« on n’est pas dans un virus qui flotte dans l’air » mais qui « se transmet par les personnes qui éternuent, qui se mouchent et qui vous serrent la main, donc c’est vraiment du contact ».

2.2 L’évolution de la position des gouvernements depuis l’aggravation de la crise du coronavirus

Début mars, le gouvernement français a légèrement changé ses recommandations en préconisant le port du masque uniquement pour les personnes présentant des symptômes suite à une déclaration du directeur du Centre chinois de contrôle et de prévention des maladies qui avait expliqué que « la grande erreur aux États-Unis et en Europe, à son avis, est que les gens ne portent pas de masque ».

Avec l’aggravation de la pandémie, on a noté au tout début avril une inflexion de la part des scientifiques du gouvernement américain ainsi que de l’Académie de médecine en France, qui ont estimé que le nouveau coronavirus est sans doute transmis par les gens lorsqu’ils parlent et respirent. D’où la recommandation faite aux Américains y compris par Donald Trump « de se couvrir le visage hors de chez eux, pour aider à freiner les contagions ». Dès lors, la question des masques était devenue une question centrale au point que certains parlent de plus en plus de masques anti-coronavirus ou de masques anti-virus, sans que personne n’en sache vraiment à l’heure actuelle l’efficacité.

Cependant, plusieurs pays, notamment des pays d’Europe centrale (Autriche, République Tchèque, Slovénie), et même certaines autorités municipales avaient entre temps imposé au mois de mars le port du masque. L’un des derniers pays à généraliser le port du masque avant l’écriture de cet article : la République de Guinée (le 13 avril 2020).

En conséquence, la demande de masques est devenue incontrôlable dans le monde et il est de plus en plus difficile, voire impossible, d’en trouver actuellement sur le marché international. Des bagarres ont plus d’une fois éclaté entre les demandeurs devant les pharmacies en Europe.

De même, les prix des masques de protection respiratoire ne cessent de s’envoler. Si les masques chirurgicaux demeurent relativement bon marché, les masques de type FFP sont de plus en plus chers, leur prix ayant doublé voire triplé ou plus dans certains pays depuis janvier 2020. D’ailleurs, dans le cas des masques FFP, plus le degré de filtration augmente, plus le prix s’élève, jusqu’à plusieurs dizaines d’euros l’unité en France pour le FFP3.

Finalement, la raison de la réticence de certains grands pays au port des masques a été dévoilée par la présentatrice de télévision et médecin Marina Carrère d’Encausse qui avait souligné le 1er avril que les mensonges gouvernementaux proclamant l’inutilité des masques étaient justifiés « pour une bonne cause ». « On a tout fait pour les réserver à ceux qui en avaient le plus besoin, c’est-à-dire au personnel soignant », avait-elle déclaré lors de l’émission Culture Médias d’Europe 1 ».

Cette fausse information a été diffusée pour éviter que la population « se rue dans les pharmacies pour acheter des masques » afin que le personnel médical puisse profiter du stock existant.

On voit donc que le débat sur l’efficacité du port du masque n’était pas facile à trancher. D’ailleurs, un essai clinique en 2015 avait révélé que les masques en tissu ne filtraient pas les virus de la grippe et augmentaient en fait le taux d’infection chez les travailleurs de la santé et que les masques chirurgicaux FFP2 ou N95 ne bloquaient pour leur part qu’un peu plus de la moitié des particules virales.

Toutefois, à l’heure actuelle, il existe un consensus, sur la nécessité du port du masque parce que les scientifiques comme le docteur K.K. Cheng, directeur de l’Institut de recherche appliquée en santé de l’Université de Birmingham au Royaume-Uni, pensent qu’« avec ce coronavirus, c’est que certains patients commencent à répandre le virus et deviennent infectieux, avant même d’avoir des symptômes ».

Comme pour couronner le tout, le Président français, a annoncé dans son discours du 13 avril que chaque Français disposera d’un masque de protection « masque grand public » à partir du 11 mai, c’est-à-dire à partir du déconfinement. Fin du débat sur le masque. On peut dire désormais que les masques sont démasqués. Tous les masques que l’on porte lors de la crise du coronavirus sont désormais considérés comme masque de protection respiratoire.

1. Le problème des masques dans les relations internationales

En raison de l’ampleur de la crise sanitaire actuelle, les relations internationales sont de plus en plus impactées par l’explosion de la demande de masques dans le monde.

3.1 La guerre des masques

Le premier aspect en ce qui concerne les relations internationales est ce que l’on peut appeler la guerre des masques, qui elle-même se double d’une guerre des prix.

Plusieurs pays se sont plaints au cours des deux derniers mois de voir que les masques qu’ils avaient commandés auraient été revendus au plus offrant alors que les stocks s’apprêtaient à quitter la Chine qui est quasiment le plus grand fournisseur de masques dans le monde et dont la capacité de production est de 110 millions d’unités par jour, soit près de 400 milliards de masques par an.

Il a été signalé aussi que les États-Unis avaient racheté au comptant, trois fois le prix, un stock de masques destinés à la France directement sur le tarmac de l’aéroport chinois d’où la commande devait partir.

De même, au cours du mois de mars, une cargaison de masques achetée pour le Québec, qui transitait par l’Europe, serait étrangement arrivée plus petite que prévu.

Cette guerre des masques est même parfois alimentée directement par certains gouvernements qui veulent prendre la mainmise sur le matériel médical, surtout sur les masques FFP2 ou N95. L’entreprise 3M avait révélé l’existence d’un ordre venu de la Maison-Blanche le 2 avril l’enjoignant de cesser de vendre au Canada et en Amérique latine.

En conséquence, les méthodes d’acquisition des masques de protection respiratoire ont été modifiées. Certains pays comme la France qui, il y a peu, achetaient en Chine ses masques en trois versements, ont pris la décision de régler les commandes en une seule fois et en gonflant leurs prix pour ne plus se les faire souffler par un autre pays, notamment les États-Unis. Car à l’heure actuelle, « tous les coups sont permis entre les pays pour s’approvisionner » comme l’avait souligné le journal Le Parisien dans son édition du 3 avril 2020.

3.2. La diplomatie des masques

Parallèlement à la guerre des masques se déroule aussi une diplomatie des masques. Il s’agit d’une tradition qui s’est développée à la faveur des épidémies qui ont éclaté dans le monde depuis le début de ce siècle. Lors de la survenue de la grippe H1N1 en 2009–10 qui avait provoqué 284 500 morts dans le monde dont 16 931 confirmés par des analyses de laboratoire, de nombreux pays avaient envoyé de l’aide médicale à d’autres États.

Mais c’est surtout pendant la pandémie du Covid-19 que la diplomatie des masques s’est renforcée. Au cours du premier trimestre de 2020, la Chine avait reçu l’aide de plusieurs pays pour contrer le fléau qui ravageait Wuhan. Alors, le Canada avait fait don à l’Empire du milieu de 16 tonnes de matériel de protection au mois de février dont des masques de protection respiratoire.

Il en a été de même de la France qui avait le même mois expédié 17 tonnes de matériel médical à Wuhan, la ville chinoise où le virus est apparu en décembre 2019 (des masques, des combinaisons de protection, des gants et des produits désinfectants, etc.).

Au mois de mars 2020, c’est sur l’Italie, premier pays d’Europe massivement frappé par la pandémie, que se sont déversées des quantités impressionnantes de masques.

À partir du mois de mars, alors que la Chine commençait à voir de la lumière au bout du tunnel, elle était devenue l’épicentre de la diplomatie des masques envoyant à tour de bras des experts médicaux et des fournitures indispensables, comme des masques et des respirateurs, dans des pays allant de l’Italie au Pérou. Cependant, de vives critiques provenant de pays receveurs de l’aide comme les Pays-Bas, l’Espagne et la Turquie ont fait état de la réception d’équipements défectueux en particuliers de kits de tests de dépistage.

La Russie a aussi joué récemment le jeu de la diplomatie des masques. Elle avait en effet fait partir aux États-Unis le 1er avril un avion chargé d’aide humanitaire pour les aider à faire face à l’épidémie de coronavirus avec à son bord « des masques médicaux et de l’équipement médical ».

Cette diplomatie des masques peut passer à un niveau brutal quand le Président de la plus grande puissance mondiale interdit l’exportation de matériel de protection personnelle, les « personnel protection equipment » (PPE) dans les pays d’Amérique latine et de la Caraïbe.

4 Que faire pour Haïti concernant le port du masque de protection ?

Puisqu’il semble admis désormais partout à l’heure actuelle que le port du masque est essentiel pour protéger les populations contre le coronavirus et que c’est l’une des mesures-barrière le moins coûteuses, il s’avère nécessaire qu’avant le stade 3 de la pandémie, sans doute très proche, Haïti s’investisse massivement dans la généralisation de cet outil de protection. Mais, dans quelles limites ?

4.1 Estimation des besoins de la population en masques de protection respiratoire

La question se pose de savoir comment doter tous les Haïtiens d’un masque de protection respiratoire compte tenu de l’incapacité de la plus grande partie de la population à s’en procurer. En effet, porter même un masque par jour représente ici une lourde dépense pour les individus dans un pays où l’OCHA estimait début mars 2020 que 4,6 millions de nos compatriotes, soit 40% devaient recevoir une aide humanitaire. Parmi ceux-ci, 2,6 millions seraient en proie à l’insécurité alimentaire aigue.

Déjà en 2015, selon le PNUD, 6 millions d’Haïtiens vivaient avec moins de deux dollars par jour, soit 60% de la population totale d’alors. Étant donné que la situation socio-économique du pays s’est cruellement dégradée depuis, il n’est pas impossible qu’au mois d’avril 2020, ce soit plus que deux-tiers des Haïtiens qui sont en dessous de ce seuil de deux dollars au quotidien.

Il reviendra donc à l’État et à la société civile de se mobiliser pour fournir à la population le volume de masques nécessaire à sa protection. S’il s’agissait de masques jetables, à raison de 12 millions de masques par jour, le volume à prévoir pour au moins deux mois apparait astronomique, soit 720 millions d’unités. Toutefois, de ce volume on pourrait défalquer de 15 à 20% pour ceux qui pourraient supporter l’achat de masques sur leurs propres fonds. Le solde serait alors un volume d’environ 600 millions de masques qu’il faudrait distribuer à la tranche incapable d’acquérir les masques à leurs propres frais.

L’autre problème, également difficile à résoudre, serait de rendre ce volume disponible en cette période où la pression sur la demande des masques est extrêmement élevée dans le monde. Nous avons déjà vu que, même les grands pays comme la France et le Canada éprouvent les plus grandes difficultés à se faire livrer des masques sur le marché international.

Une bonne alternative reste à en faire fabriquer sur place, ce qui pourrait offrir des débouchés à nos manufactures et aux organisations artisanales du secteur textile. Toutefois, il sera difficile de compter sur les seules capacités locales pour répondre au volume de besoins du pays.

Pour ceux qui seraient intéressés à confectionner individuellement leurs masques, nous signalons que les recettes sont légion sur Internet, qui montrent aussi la manière de les utiliser et de les entretenir.

4.2 Lancer une campagne pour demander aux Haïtiens de se protéger le visage par tous les moyens

Pour contourner ce problème de disponibilité de masques, quelle qu’en soit l’origine, il reste à demander simplement aux Haïtiens ne pouvant pas acheter ou recevoir des masques de se protéger le visage par tous les moyens. Même aux États-Unis, le port de bandanas est vivement recommandé. Et d’ailleurs, bon nombre de nos compatriotes ont compris qu’ils peuvent recourir à n’importe quel moyen de bord pour éviter le coronavirus. Un grand mouchoir bien attaché ou un foulard bien noué peuvent faire l’affaire ou du moins limiter les dégâts. Il suffit, d’une part que le maillage du tissu soit serré pour permettre un bon taux de filtration, et d’autre part, que le tissu soit propre et changé quotidiennement après lavage.

Parallèlement, il y a toute une éducation à inculquer quant à la manière d’utiliser les masques, allant de la manière de les enfiler à celle de les enlever en passant par la durée de leur port, sans oublier leur entretien s’ils sont en tissu. Car, il faut avant tout éviter de les manipuler à tout moment comme les marchandes sur les marchés publics quand elles parlent ; éviter aussi d’entrer en contact avec le virus si on les enlève mal ou d’infecter son environnement immédiat en les jetant n’importe où ou s’ils ne sont pas bien isolés après s’en être débarrassé ; éviter aussi de les garder au visage au moment des fortes transpirations qui suppriment ou réduisent sa capacité de filtration.

Ajoutons que cette campagne doit aussi être doublée d’une sensibilisation intense pour que les Haïtiens comprennent enfin la réalité du mal, nombre d’entre eux continuant comme en Afrique à nier l’existence de la maladie qui se prépare à frapper de plein fouet le pays comme en Europe et aux États-Unis actuellement.

Conclusion

Cette étude est à la fois une synthèse sur la question des masques de protection respiratoire à un moment crucial de la crise sanitaire générée par la pandémie du coronavirus et un plaidoyer pour la protection des Haïtiens. Elle est surtout informative parce que son objectif était d’apporter des lumières à ceux de nos compatriotes qui réfléchissent à la généralisation du port de cet outil de protection respiratoire. L’objectif final est que les Haïtiens, pour la plupart incrédules malgré les conseils de sensibilisation qui ont été renforcés depuis l’intervention du Président le 19 mars, s’en inspirent pour se protéger contre le coronavirus. Car si le pays ne compte à ce jour que trois décès pour 41 cas confirmés dont la majorité est importée, il faut s’attendre à une explosion dès fin avril avec le développement des cas communautaires. Certains prédisent le pire, compte tenu du niveau d’hygiène général de la population et de la promiscuité qui règne dans les bidonvilles du pays. Étant donné qu’il sera difficile de réussir le pari de la généralisation du port des masques dans le pays, notre proposition finale est de recommander à nos compatriotes de recourir à toutes sortes de méthodes de protection artisanale comme le port de mouchoirs, de foulards ou de bandanas. Tout compte fait, en l’absence de tests massifs de dépistage et de la capacité de soigner les nombreux malades qui seront touchés par le Covid-19, le port de masque et/ou de toute forme de protection respiratoire sera de nature à contribuer à diminuer la létalité de ce fléau qui ne nous fera pas de cadeau !

—Jean Saint-Vil jeanssaint_vil@yahoo.fr; cet article est également publié dans la revue Potomitan du 6–13 mai 2020

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