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Introduction générale :

Un éclairage sur la francophonie haïtienne

—par Renauld Govain (LangSÉ/FLA-UEH)

(Tiré du livre collectif La francophonie haïtienne et la francophonie internationale : apports d’Haïti et du français haïtien, sous la direction de l’auteur.)

Renauld Govain avec Fritz Deshommes de l’Akademi Kreyòl Ayisyen (AKA).

Renauld Govain avec Fritz Deshommes de l’Akademi Kreyòl Ayisyen (AKA), courtoisie page Facebook.

1. Introduction

L’idée de ce livre a vu le jour en mars 2017, à l’occasion de la célébration dite de la Quinzaine de la francophonie à la Faculté de Linguistique Appliquée (FLA) de l’Université d’État d’Haïti dans le cadre de la Journée internationale de la francophonie. En effet, depuis 1993, Haïti célèbre, avec la FLA, la Journée internationale de la francophonie, le 20 mars. Ces activités se concentrent notamment sur le plan socioculturel, en négligeant les réflexions scientifiques sur ce que c’est que le français haïtien (désormais FH) ou la francophonie haïtienne, son devenir et son apport à la francophonie internationale. Nous avons compris qu’en Haïti le français a davantage besoin d’une promotion plus concrète : celle consistant à comprendre son fonctionnement, sa nature en termes à la fois qualitatifs et quantitatifs, ou encore elle a besoin d’une promotion qui envisage de mettre la langue à disposition sinon de l’ensemble de la population, du moins à un plus grand nombre. C’est en vue de questionner le fait francophone haïtien que le laboratoire Langue, Société, Éducation (LangSÉ) de la FLA, voulant rompre avec cette monotonie dans la célébration de la francophonie, a organisé cette série de conférences portant sur la problématique linguistique en Haïti en général, y inclus la pratique du français. C’est à la suite de cette série de conférences que l’idée de produire ce livre a germé. Notre objectif consiste non seulement à donner au lecteur une idée de ce que c’est que la francophonie haïtienne mais aussi à éclairer les rapports linguistiques qui ont cours en Haïti dans le cadre du bilinguisme créole-français et du contact (même pas très immédiat) entre le français, l’anglais et l’espagnol.

2. Haïti, pays francophone ?

Haïti est reconnu, depuis la naissance du pays le 1er janvier 1804, comme un pays officiellement francophone. Mais il n’existe guère de recherche sur la pratique du français dans le pays, ni en termes qualitatifs, ni en termes quantitatifs. Le français est certes pratiqué par une frange appartenant à l’élite intellectuelle et à la classe moyenne (Dejean 2001, 2006 ; Vernet 1989), mais, personne ne sait avec certitude combien d’Haïtiens sur les 10 700 000 d’Habitants1 parlent français et selon quel degré de maitrise. Les auteurs qui tentent de dénombrer les francophones haïtiens le font sans se référer à une définition claire de ce que c’est, en réalité, qu’être francophone, c’est-à-dire à partir de quel degré de maitrise de la langue on dira du locuteur qu’il est francophone. Pour la plupart des locuteurs, être francophone renvoie à l’état d’un individu qui parle parfaitement le français à la manière du locuteur natif et qui est capable de l’utiliser dans n’importe quelle situation de communication pour parler, échanger, lire, écrire, comprendre n’importe quel discours produit dans la langue par des locuteurs compétents.

Les statistiques qui ont été fournies à cette fin ne sont pas le fruit d’enquêtes mûrement conduites dans le cadre de recensement de la population francophone d’Haïti. En un mot, ces chiffres peuvent être considérés comme plutôt fantaisistes. Par exemple, R. Berrouët-Oriol [et al.] (2011: 88) se contente de rappeler qu’« en Haïti, où aucun document officiel de l’État ne l’a encore établi, différents acteurs du système éducatif estiment qu’entre 10 et 25% de la population est bilingue au sens où cette proportion de la population parle couramment le créole et maitrise en même temps le français à des degrés divers ». Le grand écart entre 10% et 25% témoigne du caractère fantaisiste et flou de ces statistiques. Nous pouvons lire sur une page2 liée à l’Université Laval : « environ 18% des Haïtiens parlent le créole et le français (à divers degrés) ». Pour E. Rivard et al (2016) les francophones haïtiens seraient au nombre de 4 454 000 locuteurs (francophones + partiellement francophones). É. Cantin, B. Beck et R. Marcoux (2021) les chiffrent à 4,7 millions.

Pour un même auteur, les chiffres peuvent être différents d’une publication à une autre, sans même se référer à une estimation plus ou moins officielle. On peut voir cela, par exemple, dans ce passage suivant que nous empruntons à M. Saint-Germain (1988)3 :

André-Marcel D’Ans (…) accepte l’estimation de Valdman (1964, pp. 85–86) de 10% de bilingues. En 1978, Valdman (1978, p. 360) estime toujours que 90% des Haïtiens sont unilingues. […]. Plus récemment, Valdman (1984, p. 77 et 79) considère que 90% de la population ne communiquent qu’en créole alors qu’une petite partie (pas plus de 5%) peut être considérée comme bilingue […]. Pourtant, dans le même chapitre (Valdman, 1984, p. 79), il ajoute que de 10% à 15% au maximum sont capables de faire preuve d’un certain niveau de compétence […], dans l’utilisation du français.
La couverture de «La francophonie haïtienne et la francophonie internationale».

Pour Y. Dejean (2013), il y aurait, en Haïti, 300 000 Haïtiens qui comprennent et parlent le français, ce qui correspondrait à un pourcentage de 2,8% de la population locale totale, selon l’estimation IHSI de 2013. Selon un rapport de recherche du Ministère de l’Éducation nationale de la Jeunesse et des Sports (MENJS, 2000), 15% des Haïtiens pratiqueraient le français. Mais il s’agit d’une certaine évaluation de la situation : le nombre de locuteurs haïtiens maîtrisant le français (à des degrés divers) devrait être supérieur à celui-là. À défaut de statistique officielle et selon les observations plus ou moins avisées, nous pourrions tenter de situer les francophones haïtiens à plus du quart de la population lorsque nous considérons qu’avec la massification de la scolarisation beaucoup plus d’Haïtiens terminent leurs études secondaires et fréquentent l’université. Car plus on avance dans l’échelle de l’éducation, plus on tend à maîtriser le français.

Ainsi, parvenir à établir des statistiques réfléchies et fiables du nombre de francophones haïtiens vivant en Haïti devrait être une nécessité pour l’État haïtien, les institutions haïtiennes et les universitaires haïtiens en général. Le projet de dénombrement des francophones haïtiens s’inscrit dans la ligne d’activités du LangSÉ mais les moyens lui manquent pour avancer dans cette direction. En effet, les gouvernants haïtiens n’ont jamais senti la nécessité de savoir combien de citoyens pratiquent le français, cette nécessité ne se posant pas pour le créole haïtien (CH) car tous les Haïtiens nés et vivant en Haïti le maitrisent en tant que locuteurs natifs. Néanmoins, pareille information est fondamentale pour l’établissement d’une politique linguistique qui tienne compte des réalités linguistiques de la communauté et des locuteurs. Il a été réalisé en 1950 un recensement uniquement au niveau de la zone métropolitaine de Port-au-Prince, la capitale d’Haïti, où l’on avait estimé à 10% le nombre de familles dont le français était une langue d’usage courant (Pompilus, 1976).

En effet, la difficulté à dénombrer les francophones n’est pas inhérente à Haïti. Elle est d’actualité dans l’ensemble de la francophonie. Les instances officielles de la francophonie n’en sont guère exemptes. Le Haut Conseil de la Francophonie (1990) avait pris la mesure de cette difficulté et est même allé jusqu’à considérer le dénombrement des francophones comme un exercice périlleux vu la faiblesse des statistiques nationales de certains pays et la diversité des situations. On pourrait ajouter à cela que le fait d’identifier le nombre de parlants français n’est pas toujours vécu comme un besoin suivant les communautés. Ce constat du Haut Conseil de la Francophonie, vieux d’une trentaine d’années, demeure d’une étonnante actualité. Que faire pour y remédier ? Car si nous l’identifions comme un problème, il ne faudra pas nous complaire à le contempler et à nous en plaindre. De ce point de vue, la francophonie a du pain sur la planche, qu’il s’agisse de la francophonie internationale, d’une certaine francophonie régionale ou de la francophonie sur le plan national. Il y a donc à faire !

On comprend, en effet, que les chercheurs n’ont guère beaucoup visité le champ de la francophonie haïtienne. Nous pouvons toutefois noter que Tontongi (2007) y a consacré une réflexion en empruntant une démarche critique axée sur les rapports centrifuges caractérisant la cohabitation du français et du CH en Haïti en mettant en évidence les actions des élites et du pouvoir politique en faveur du français, ce qui occasionne la minorisation du CH. J.R. Descardes (1999) a établi un état des lieux de la francophonie haïtienne en décrivant les apports d’Haïti à l’adoption du français dans les institutions internationales telles l’Organisation des Nations-Unies (ONU), l’Organisation des États américains (OEA). R. Govain (2009, 2013, 2015, 2020a, b, c) va dans cette même direction en s’inscrivant dans la lignée de P. Pompilus (1961, 1981) en décrivant ce qu’il convient d’appeler le français haïtien, une variété de parler francophone propre à Haïti et différente, à bien des égards, des autres variétés de parlers francophones (Govain, 2009, 2013, 2015, 2020b et c).

Le français pratiqué en Haïti se crée des spécificités en fonction de facteurs au premier rang desquels des spécificités d’ordre naturel : la flore, la faune, l’art culinaire, le contact de langues, les éléments vernacularisés de la culture locale, etc., sans oublier que la variation est le propre de la langue et que cette variation s’opère généralement sur trois axes : l’espace, la société et le temps (Klinkenberg, 1999). La société renvoie davantage aux acteurs des pratiques linguistiques que sont les locuteurs eux-mêmes. Cela étant, il n’est pas surprenant que l’espace géographique imprime sa marque sur le corpus de la langue : le temps et la géographie sont parfois à l’origine de changements linguistiques, le changement étant concomitant de la variation. Ch. Marchello-Nizia (1995: 20) émet l’hypothèse que « la variabilité et le changement sont dans la nature même de la faculté du langage ; et c’est parce qu’elle évolue et parce qu’elle comporte une variabilité inhérente qu’une langue peut fonctionner, ces deux caractères étant les conditions même de son efficacité ».

Les données proposées par P. Pompilus (1961, 1981) ayant beaucoup évolué notamment dans le rapport de contact du français avec l’anglais et l’espagnol dans l’espace géopolitique d’Haïti, un meilleur ordre d’idées peut être donné sur le corpus du FH dans R. Govain (2008, 2009, 2013, 2015, 2018, 2020a, b, c). La description du FH et celle du CH montrent que ces deux langues fonctionnent selon un rapport osmotique, ce qui fait qu’elles s’influencent mutuellement dans la communauté. Et le résultat de ce rapport d’influence mutuelle peut être identifié dans l’expression de la littérature haïtienne produite en français. Pour une comparaison du fonctionnement du français et du CH (notamment sur le plan morpho syntaxique), on peut se référer à P. Pompilus (1976).

La quatrième de couverture de «La francophonie haïtienne et la francophonie internationale».

3. Qu’est-ce que la francophonie ?

Le terme de francophonie a été inventé vers les années 1800 par le géographe français Onésime Reclus dans le cadre de sa réflexion sur le destin colonial français. Il désigne une communauté transnationale et transculturelle composée de locuteurs d’origines continentales diverses et unis par la langue française comme médium d’expression identitaire de communication et d’échange. Les francophones peuvent se servir du français tant pour communiquer que pour se représenter le monde et leur identité qui est forcément plurielle en termes d’habitudes, de vécus et d’expériences socioculturels. De manière générale, la francophonie recouvre plusieurs sens, suivant qu’elle est envisagée du point de vue linguistique, politique, associatif ou culturel. Pour M. Tétu (1997), la francophonie, avec un petit f, désigne l’ensemble des peuples ou groupes de locuteurs utilisant partiellement ou entièrement le français dans leur vie quotidienne. Tandis qu’avec un grand F, elle désigne le regroupement des gouvernements, des pays ou des instances officielles qui ont en commun l’usage du français dans leurs travaux et échanges. Pour sa part, X. Deniau (1995: 15–24) en distingue quatre acceptions : au sens linguistique, la francophonie désigne l’ensemble des personnes parlant le français, c’est le fait pour un locuteur d’être francophone. Au sens géographique, elle désigne les territoires dans lesquels le français est utilisé comme langue maternelle, officielle, courante ou administrative : les pays pratiquant le français comme instrument d’échanges communicatifs interpersonnels, officiels ou administratifs forment la francophonie. Au sens spirituel et mystique, elle est comprise comme la communauté des nations de langue française fondée sur un sentiment d’appartenance dû au partage historique de la même langue et des valeurs spirituelles identiques. Au sens institutionnel, elle est aussi la communauté des organisations et groupements privés, étatiques ou supranationaux dont le but est la promotion du français.

Quel est l’état de santé de la francophonie haïtienne ? Quelle place elle a dans la francophonie internationale en général et la francophonie américaine et caribéenne en particulier ? La francophonie haïtienne est-elle bien assise dans la francophonie internationale ? Comment décrire cette francophonie haïtienne en termes qualitatifs et quantitatifs ? Comment la francophonie haïtienne se manifeste-t-elle dans les représentations et l’imaginaire linguistique des locuteurs ? En d’autres termes, comment est perçue la francophonie haïtienne dans le discours épilinguistique des locuteurs ? Comment se manifeste cette relation osmotique entre le FH et le CH ? Les observations empiriques des pratiques linguistiques haïtiennes faisant généralement état d’une survalorisation du français aux dépens du CH dans les sphères considérées comme génératrices de prestige, cela n’entraine-t-il pas une minorisation du CH ? Comment le français s’aménage-t-il par rapport au CH dans la communauté haïtienne, notamment dans le domaine d’enseignement/apprentissage qui est le champ de l’expérience dans lequel il s’apprend et dont la maitrise se développe ? Le français étant, selon les données empiriques, la principale langue d’enseignement/apprentissage en Haïti, y aurait-il un rapport entre le niveau de maitrise de cette langue et la réussite scolaire ?

Autant de questions auxquelles les contributions de ce volume tenteront d’apporter des réponses en vue d’éclairer ce qu’il y a lieu d’appeler la francophonie haïtienne et, un tant soit peu, le FH.

4. L’avenir du français en Haïti

L’avenir du français ne se joue pas dans les foyers originels de diffusion du Nord en particulier la France. Les politiques d’expansion du français mises en place par ces foyers occidentaux de diffusion de la langue ne donnent pas les résultats escomptés et la langue perd de plus en plus de terrain : sa maîtrise dans la plupart des communautés où elle a le statut de langue seconde baisse considérablement et les mesures de redressement qu’on est en droit d’espérer de la part des dirigeants de ces communautés ne se font pas remarquer. Les vrais foyers de diffusion du français sont les communautés où cette langue est pratiquée comme langue seconde parce qu’il y bénéficie d’un grand intérêt de la part des différents acteurs. Le français y est la principale langue de la scolarisation et de communication officielle de l’administration de l’État. Généralement, ces États le considèrent—à tort bien sûr—comme moyen de s’ouvrir sur le monde. En tant que tel, ils sont prêts à tout pour son expansion et sa diffusion à travers leurs spectres de rapports bilatéraux, multinationaux, régionaux et internationaux dans le cadre de la mondialisation. Le challenge qui caractérise la cohabitation du français avec les autres langues nationales, co-officielles ou partenaires tourne ainsi au bénéfice du français lui-même lors même que la démographie des locuteurs des autres langues serait plus forte que la sienne. C’est que les rapports de force sociopolitiques, culturels, voire économiques (le corollaire direct) tournent toujours (à l’exception de l’expérience canadienne) en faveur du français puisque les protagonistes organisant ces rapports de force sont ceux qui orientent les rapports de force linguistiques. Ils promeuvent le français au détriment même de leur(s) langue(s) communautaire(s). C’est ce qui se passe en Haïti.

L’avenir de la langue se joue davantage dans les foyers de diffusion du sud et c’est sans doute ce constat qui a poussé R. Chaudenson (2000) à écrire dans sa quatrième de couverture et nous citons :

« La France et les Instances francophones consacrent des moyens importants à la diffusion et la défense de la langue française dans le monde..
« Face à la mondialisation, elles cherchent des stratégies. Ne devraient-elles pas d’abord rapprocher et harmoniser leurs politiques, et surtout se doter de moyens modernes, efficaces et adaptés de faire face à la situation ?.
« Dans les circonstances, le temps est compté. On n’a d’yeux que pour l’Europe, mais c’est hors de l’espace européen et, en particulier en Afrique, le Continent du Troisième Millénaire, que va se jouer, dans les décennies prochaines, l’avenir de la langue française, si l’on se décide à lui en donner un »..

On en arrive à se questionner sur l’avenir du français et de la francophonie dans la mondialisation. À bien regarder de près, il y a lieu de reconnaître que l’heure n’est plus au discours lénifiant caractérisant généralement la position des décideurs. Il est clair que si les acteurs de la francophonie institutionnelle ne prennent pas la mesure de la situation, le déclin du français qu’ils peinent à reconnaître sera une donnée indiscutable.

Il doit y avoir convergence entre ces politiques européennes et francophones visant la diffusion, la défense du français et du fait francophone tels que vécus par ces francophones du Sud. Par convergence, nous entendons ici la congruence entre les propositions de ces instances officielles francophones et la France qu’un certain imaginaire francophone retient comme point orbitaire de la francophonie et les besoins réels des communautés francophones du Sud tels qu’elles les expriment elles-mêmes. La convergence suppose aussi que les actions de promotion et de diffusion du français soient respectueuses des langues locales et de leurs poids ethno-communicatifs dans les communautés. Les décisions à prendre dans les communautés du Sud doivent émaner d’observations faites par leurs membres avisés. Ces observations devront les amener à monter des projets d’études, d’analyse de la situation et de remédiation en fonction des problèmes observés. Les instances francophones internationales peuvent les aider à concrétiser leurs plans de recherche.

La francophonie haïtienne n’est pas à négliger en ce qui concerne l’expansion et la diffusion du français dans la région américano-caraïbe dominée par l’anglophonie et l’hispanophonie. Si l’on veut que la francophonie prenne pied en Amérique et dans la Caraïbe, il faut absolument compter avec l’intervention d’Haïti. Cette francophonie haïtienne, à n’en plus douter, se manifeste aux yeux du monde. En témoigne l’élection de l’écrivain Dany Laferrière à l’Académie française, même si la presse internationale a salué cette élection comme celle d’un écrivain québécois mais non comme celle d’un Haïtien. On pourrait rappeler, s’il en était besoin, que Dany Laferrière a émigré au Québec en 1976, à l’âge de 23 ans et il pratiquait le journalisme avant son départ d’Haïti. C’est vrai que son premier roman—Comment faire l’amour avec un nègre sans se fatiguer—a été publié en 1985, soit après 9 ans de vie d’exil à Montréal, chez VLB Éditeurs, mais la trame du récit, la toponymie, la patronymie, les référents socioculturels, le folklorisme… de la vingtaine de romans qu’il a publiés renvoient généralement à l’environnement haïtien. La plupart du temps, la toponymie est québécoise, car si l’auteur veut camper des scènes proches de son vécu quotidien, il lui faudra recourir à des éléments de l’espace québécois. Mais Dany Laferrière est l’un des rares Haïtiens à avoir vécu aussi longtemps à Montréal et qui garde encore l’accent haïtien originel qu’il ne mélange guère à l’accent québécois. L’écrivain a appris la nouvelle de son élection en Haïti, sur sa terre natale dont il revendique toujours d’être un fils authentique. Assailli à chaud par des journalistes alors qu’il était en conférence, le nouvel immortel a livré ses premières impressions dont nous pouvons retenir l’éléments suivant : être élu à l’Académie française n’insinue pas qu’il cesse d’être Haïtien contrairement à ce que certains veulent faire croire. Il souligne qu’il est « le premier Haïtien, le premier Québécois », le deuxième Noir (Léopold Sédar Senghor ayant été le premier) à être élu à l’académie française.

5. Du français de la France continentale au FH

La francophonie américaine a vu le jour en Acadie (au Canada), à l’aube du xviiè siècle, avec l’arrivée sur l’Île de Ste-Croix, en 1604, de la première délégation française. Son assise va être consacrée quatre ans plus tard—en 1608—avec la fondation du Québec (Vaugeois et Litalien 2004). En s’appuyant certainement sur cette expérience québécoise, le français va se répandre un peu partout en Amérique du Nord. Il va aussi regagner la Caraïbe du fait de la colonisation française de plusieurs îles des Petites Antilles et de Saint-Domingue appartenant aux Grandes Antilles.

L’histoire d’une langue est étroitement liée à celle du peuple originel qui la pratique. Mais la communauté originelle dans laquelle elle évolue ne représente pas une île fortifiée dans laquelle elle est confinée ad vitam aeternam sous une forme invariable. Elle peut se diffuser et se répandre hors de ses frontières physiques à la faveur d’expériences diverses qui peuvent être la colonisation, l’occupation d’une nouvelle communauté sur une base forcée, le plus souvent, avec l’usage de la force (invasion militaire), l’annexion d’une communauté par une autre, le bannissement d’une frontière entre deux pays voisins qui ne partagent pas la même langue. L’histoire de cette langue peut ainsi connaitre un certain décentrement après avoir contribué à former de nouvelles communautés linguistiques, mais le cordon ombilical ne sera pas facilement annihilé entre ces nouvelles communautés et la communauté originelle. Le centre de cette histoire peut se retrouver au cœur de l’une de ces nouvelles communautés linguistiques, même s’il y aura toujours un rapport entre les deux. Car la communauté originelle est souvent considérée dans l’imaginaire commun comme un foyer diffuseur de modèles normatifs.

Et si une langue est pratiquée par plusieurs communautés, il est attendu que l’une de ces communautés ait une plus grande influence dans l’histoire de cette langue d’après le rapport (de force) qu’il développe avec les autres communautés. Car une langue qui est pratiquée par plusieurs communautés crée par le fait même une situation de rapport de force entre ces diverses communautés. Ce rapport de force se manifeste par une lutte souvent froide, établissant ainsi des tensions qui ne se laissent pas toujours lire dans l’immédiatement observable, mais elles existent et tiennent lieu de stratégie pour l’hégémonie. Et cette hégémonie, une fois établie dans l’imaginaire des locuteurs et partagée par les représentants de chacune des communautés où la langue est pratiquée, on observe une forme d’attraction où l’une des communautés est considérée comme un objet en orbite autour duquel tournent les autres communautés en quête de légitimité en termes de processus de normativisation.

Généralement, la variété de la communauté originelle est vécue dans l’imaginaire communautaire comme celle qui est la plus valorisante (et donc la plus valorisée). En tant que telle, son influence est plus forte et se trouve acceptée plus facilement dans l’imaginaire collectif. Cette représentation aura certainement des conséquences sur la manière dont les locuteurs valoriseront (ou non) les normes locales qui vont émerger dans le cadre de la pratique de la langue dans la nouvelle communauté. Ce que l’on observe souvent, c’est que le modèle normatif adopté dans la nouvelle communauté est celui provenant de la communauté originelle, à quelques exceptions près. Les cas où la nouvelle communauté parvient à développer ses propres modèles normatifs mettent en évidence une communauté où est pratiquée la seule langue issue de cette communauté d’origine. C’est le cas, par exemple, du portugais du Brésil par rapport au système de normes du portugais européen ou encore de l’anglo-américain au regard du modèle normatif de l’anglais de la Grande Bretagne.

L’histoire de la langue dans la nouvelle communauté est différente si la nouvelle communauté est monolingue (le cas des États-Unis d’Amérique (dorénavant ÉUA), par exemple, où les situations de contact de langues en dehors des frontières physiques effectives sont postérieures à l’établissement de l’anglo-américain qui développé son propre modèle normatif, indépendamment du fonctionnement linguistique de l’anglo-britannique). Elle peut aussi être différente si la langue de la communauté originelle vient cohabiter avec une langue qui se pratiquait déjà dans la communauté, comme c’est le cas dans la plupart des pays d’Afrique de l’Ouest aujourd’hui francophone, ou encore si elle a participé à la naissance d’une nouvelle langue (au contact de plusieurs langues dont certaines ont exercé des influences substratiques sur cette nouvelle langue) avec laquelle elle entretient des rapports de parenté (c’est le cas des communautés créolo-francophones ou créolo-anglophones de la Caraïbe). Dans ce dernier cas, la situation se caractérise par la cohabitation de deux langues qui semblent déployer un même destin en s’influençant mutuellement puisqu’elles partagent tout à la fois une parenté et un même espace dialogique, espace ne pouvant se définir qu’en tenant compte de la présence de l’une et de l’autre comme socle du fondement de la communauté linguistique. Cette influence réciproque peut être remarquée dans tous les compartiments de l’appareillage linguistique de chacune d’elle : lexico-sémantique (le niveau où l’influence est la plus forte), phonologique et, dans une moindre mesure, morphosyntaxique.

6. Présentation des contributions

Le présent volume comporte huit contributions. Dans la première « La francophonie haïtienne et l’expansion du français en Amérique et dans la Caraïbe », R. Govain propose de contempler la contribution de la francophonie haïtienne dans l’adoption du français comme langue officielle et de travail dans les institutions régionales : la Communauté caribéenne (CARICOM) et ses divisions, la Conférence des recteurs et présidents des universités de la Caraïbe (CORPUCA), l’Association des États de la Caraïbe, l’Association des écrivains caribéens, la Banque de Développement de la Caraïbe (BDC), ou dans des institutions continentales : Organisation des États américains (OEA), la Communauté d’États latino-américains et caribéens (CELAC), ou encore la Commission économique pour l’Amérique latine et les Caraïbes (CEPALC), ou encore des institutions mondiales : Organisation des Nations-Unies (ONU) et ses multiples divisions. Membre fondateur de l’Agence de coopération culturelle et technique (ACCT)—ancêtre de l’OIF—créée le 20 mars 1970, Haïti sert à diffuser le français dans l’espace américano-caraïbe. Cette contribution montre qu’Haïti, par sa situation géopolitique, présente un point géostratégique pour la francophonie et la diffusion du français. L’auteur présente le français comme un patrimoine universel assurant l’expression de cultures et expériences diverses, assurant la richesse de la francophonie. La diversité des langues et des cultures est une chance pour le devenir de ce patrimoine transnational, transculturel et trans-civilisationnel. Ce patrimoine à conserver est un héritage à valeur communautaire, mémorielle, identitaire, international, intergénérationnel, intercontinental, interculturel capable d’orienter l’avenir communicatif de 274 millions de locuteurs (estimation OIF 2014). Il pose que le français mérite d’être revitalisé et que cette revitalisation passe par sa revalorisation au regard des autres langues avec lesquelles il cohabite. Excepté en France métropolitaine où l’on vit dans une forme d’illusion du monolinguisme, le français est constamment en situation de cohabitation linguistique dans les communautés où il est pratiqué.

Les pratiques linguistiques francophones ne sont pas exemptes de la question des représentations. La langue étant une expérience sociale—difficile qu’elle n’y soit pas liée—les représentations étant le fruit d’expériences sociales en rapport avec la manière d’appréhender les expériences que nous vivons, étant entendu que nous appréhendons les choses du monde et les expériences ambiantes à partir d’un système de perceptions et de représentations qui facilite ce qu’il convient d’appeler notre vision du monde. D’où la contribution de Guerlande Bien-Aimé traitant comme sujet « Les représentations du français et du créole dans le discours des locuteurs haïtiens : quelles considérations ? ». Elle s’appuie sur une sociolinguistique qui analyse la cohabitation des langues en Haïti dans le prisme des pratiques sociales, en dégageant les valeurs sociales qui sont attribuées à chacune d’elles dans la dynamique d’une construction identitaire, ce qui passe par la prise en compte d’une dimension axée sur les questions d’imaginaires et idéologies linguistiques partagées par les membres de la communauté en fonction de normes communes. Pour y parvenir, l’auteur s’appuie sur une enquête de 2011 auprès d’étudiants haïtiens inscrits dans différents domaines d’études à l’Université de Poitiers (tous arrivés en septembre 2010), en provenance de l’Université d’État d’Haïti où ils ont déjà eu un parcours de licence. Il parvient à la conclusion que le français revêt une dimension sociale en Haïti, intégrant « des attributs d’ordre à la fois linguistique et politique, qui en font une langue de promotion sociale. Le créole a une valeur fortement symbolique, en tant qu’outil de communication unificateur de la nation ». Enfin, les images et les représentations des acteurs sociaux du créole et du français ne sont pas toujours en adéquation avec les procédures visées par les pratiques linguistiques préconisées par des actions de politique linguistique et éducative.

Johnny Alex Laforêt questionne les pratiques linguistiques d’Haïtiens de communautés diasporiques haïtiennes aux ÉUA en cherchant à savoir si leurs membres continuent de pratiquer leurs langues d’origine, en l’occurrence le CH et le français. D’où le titre de sa contribution « Pratiques linguistiques des Haïtiens vivant aux ÉUA : Une étude de cas de la communauté haïtienne à Chicago ». La population d’enquête comprend les émigrés appartenant aux premières vagues migratoires d’Haïtiens aux ÉUA, c’est-à-dire à partir des années 1950 et leur première génération d’enfants nés dans le pays. Ces émigrés appartenaient à la classe moyenne ayant fréquenté l’université, des universités étrangères pour certains, avant leur émigration. Ils ont donc une bonne maitrise du français. Comme ils sont Haïtiens et vivaient en Haïti, ils sont ipso facto des créolophones. Établis à Chicago, ils vont continuer à pratiquer leurs langues d’origine. En même temps, ils transmettent tant soit peu ces langues à leurs enfants, de la deuxième génération, le plus souvent nés aux ÉUA. Ils le font dans la perspective de maintenir leur identité haïtienne et la leur communiquer. L’église, le restaurant et des activités socioculturelles spécifiques leur offrent l’occasion de continuer à pratiquer le français. En plus d’être un lieu de manifestation spirituelle, l’église devient pour eux un espace de rencontres en vue de partager des nouvelles d’Haïti et pratiquer leurs langues d’origine. Mais pour les membres de la deuxième génération, l’anglais et le CH sont dominants alors que ceux de la première génération, l’anglais devient dominant par rapport aux activités professionnelles alors que le français reste pour eux une langue d’identité culturelle.

Dans « La persistance des préjugés anti-créole dans l’univers francophone haïtien », Tontongi reprend un fond d’arguments empiriques qu’il a publiés (Tontongi, 2007) en les agrémentant de nouvelles données issues d’observations nouvelles de la francophonie haïtienne aux prises avec la créolophonie qui caractérise le vécu des Haïtiens vivant en Haïti. Il présente le rapport entre la créolophonie et la francophonie haïtiennes comme houleux et tournant au profit du français, considérant les représentations communautaires et populaires hyper-positives dont bénéficie le français, ce qui tend à minoriser le CH. Il relève que les actions de politiques linguistiques (implicites ou explicites) sont au profit du français et témoignent des rapports de force politiques en sa faveur. Il pointe du doigt les pratiques linguistiques dans la plupart des communautés diasporiques d’Haïtiens en Amérique du Nord (au Canada ou aux ÉUA), où le français perd de ses représentations valorisantes au profit de l’anglais : dans des cérémonies solennelles ne réunissant, aux ÉUA, que des Haïtiens (dont des monolingues créolophones n’ayant guère (encore) développé un niveau de maitrise suffisant de l’anglais) des locuteurs choisissent de n’employer que l’anglais. Mais, l’auteur pense que ce recours à l’anglais dans cette situation précise serait une stratégie d’évitement consistant à gommer le recours au français, car, dans leur imaginaire, pareille situation de communication requiert généralement le recours au français. Or, s’ils y recourent, ils pourront être accusés d’exclure les créolophones monolingues ne connaissant pas (encore) l’anglais.

Excepté en France continentale où la question ne se pose guère parce que cet État est réputé officiellement monolingue, le problème d’aménagement linguistique est d’actualité dans les communautés francophones, le français étant généralement en contact avec une ou plusieurs autres langues. C’est ce que signale, en filigrane, la contribution de Lemète Zéphyr « Aménagement linguistique et réussite scolaire en contexte plurilingue : regard sur le cas d’Haïti ». L’auteur souligne que si le statut du CH et du français est clair dans le système éducatif haïtien, leur aménagement n’est guère une réalité dans la vie sociale en général. Il pose aussi le problème didactique caractérisé par une insuffisance de matériels adaptés au niveau réel des apprenants et la non-utilisation de méthodes adéquates à leurs spécificités sociolinguistiques. Cela a des conséquences négatives sur l’apprentissage et le développement de la maitrise du français en Haïti, tant à l’école que dans l’enseignement supérieur. Il situe cette expérience dans le prolongement des premiers choix officiels d’adopter le modèle scolaire colonial. Ce modèle consistait en ce qu’on pourrait considérer comme une délocalisation de l’école française en Haïti sans une adaptation aux spécificités du milieu et des apprenants, une école qui, jusqu’en 1979, enseignait aux apprenants dans la négation totale de leur langue première. Ainsi, les résultats de deux siècles d’une scolarisation à la française laissent à désirer. L’auteur signale qu’on assisterait, aujourd’hui, à une certaine défrancisation d’Haïti face à l’augmentation de l’intérêt pour l’enseignement / apprentissage de l’anglais.

Fortenel Thélusma traite de la modalité du conditionnel en français et en CH sur le fond d’une démarche contrastive en montrant les différences de fonctionnement à partir de l’analyse de copies d’apprenants du début de lycée (en 3è secondaire). Il en ressort que le procédé d’expression du conditionnel est différent du CH au français : en CH il est exprimé au moyen de marqueurs lexicaux où un mot isolé sert à désigner cette catégorie grammaticale, alors qu’en français il est mis en évidence par une désinence verbale. Et cette différence dans le mode d’expression du conditionnel est à l’origine d’interférences dans la pratique du français par les apprenants, où leur langue maternelle, le CH influe sur la pratique du français. Cette contribution montre que le conditionnel peut avoir, dans l’une comme dans l’autre langue, des valeurs à la fois temporelles et modales. Elle révèle aussi que les formes d’expression du conditionnel sont plus nombreuses en CH qu’en français : quatre contre deux. L’auteur pense dès lors que privilégier une approche contrastive pour enseigner / faire apprendre cette catégorie grammaticale en français pourrait rendre service au processus d’enseignement / apprentissage du français en Haïti.

Jean Bruny Fresmont pose le « problème d’équivalence lexico-sémantique créole haïtien-français : émergence du français haïtien ». Il présente l’émergence du FH comme le résultat du contact immédiat entre le français tel qu’arrivé et développé en Haïti avec le CH et l’environnement socioculturel haïtien. L’auteur présente le problème d’équivalence lexico-sémantique entre le CH et le français est comme à l’origine de la production de faux-amis entre les deux langues. Ces mêmes faux-amis concernent le FH et ce qu’il conviendrait d’appeler le « français de référence » (FR). Cela peut être à l’origine de contre-sens dans un échange entre en Haïtien francophone et un autre francophone appartenant à une autre communauté linguistique. Pour parvenir à montrer la différence entre les éléments lexico-sémantiques entre, d’une part, le CH et le FR et, d’autre part, le FH et celui-ci, il emploie la notion de paradigme sémantique dont il s’agit de découvrir le sens au fil de la lecture de sa contribution. L’auteur conclut sur une réflexion socio-didactique en souhaitant que les enseignants de français puissent être sensibilisés, dans leur processus de formation, à ces différences non seulement entre le FH et le FR mais aussi entre le CH et le français tout court.

« Le français haïtien : quelques spécificités » est le titre d’une autre contribution de R. Govain, qui offre au lecteur une idée de ce que c’est le FH à partir de productions d’étudiants à l’Université d’État d’Haïti. Elle présente le FH comme une variété de français propre à Haïti et différente du FR et des différents parlers francophones. Elle fait un certain écho à la précédente contribution. Le FH se taille des caractéristiques qui lui sont propres dont des haïtianismes (mots ou expressions empruntés directement au terroir haïtien sans forcément provenir du CH), des créolismes (mots ou expressions empruntés au CH), des anglicismes (mots ou expressions empruntés à l’anglais, en particulier à l’anglo-américain), des hispanismes (mots ou expressions empruntés à l’espagnol, notamment à ses variantes dominicaine ou cubaine). Ces spécificités se manifestent notamment sur les plans lexico-sémantique, phonique, et, dans une moindre mesure, syntaxique. Les spécificités lexico-sémantiques proviennent aussi de caractéristiques du milieu naturel de la communauté linguistique. Cela étant, la plupart appartient au vocabulaire du vodou, d’autres aux pratiques culinaires, à la flore, à la faune entre autres expériences locales. Cela confirme le fait qu’une langue n’est jamais pratiquée de manière exactement uniforme d’un pays à un autre, voire d’un lieu à un autre à l’intérieur d’un même pays. Elle est traversée par des variations dites diatopiques nées de spécificités locales diverses qui se donnent généralement à voir dans ce genre d’expériences. Par ailleurs, les différences lexico-sémantiques entre le FH et le FR font naître des faux-amis qui peuvent conduire à des problèmes d’interprétation aux pratiquants de chacune des deux variétés. La majeure partie des données traitées dans le cadre de cette contribution est issue de R. Govain (2009).

7. Conclusion

La francophonie haïtienne, telle que vécue actuellement, est plus revendicative, officielle, politique, militante… Elle est une francophonie de jure et non indiscutablement de fait, lorsqu’on considère les circonstances de sa mise en place et les conditions dans lesquelles elle s’exerce. Le français n’est pas une langue de communication de masse en Haïti, ni une « langue de communication ordinaire » au même titre que le créole.

Enfin, le livre essaie de situer la francophonie haïtienne dans la francophonie internationale tout en élucidant la place de cette francophonie haïtienne dans la francophonie américaine, caribéenne et internationale. Il montre, à la lumière d’expériences empiriques indiscutables, que la francophonie haïtienne occupe une place géostratégique pour la francophonie américaine et la francophonie internationale. Mais il est évident que ni les Haïtiens eux-mêmes, ni les instances de la francophonie internationale ne semblent conscients de cette opportunité qu’offre Haïti à la diffusion / expansion du français et du fait francophone.

8. Références citées

Berrouët-Oriol, Robert et al. (2011), L’aménagement linguistique en Haïti : enjeux, défis et propositions. Montréal, Éditions du CIDIHCA / Port-au-Prince, Éditions de l’Université d’État d’Haïti.

Chaudenson, Robert (2000), Mondialisation : la langue française a-t-elle un avenir. Paris, L’Harmattan.

Dejan, Iv (2006), Yon lekòl tèt anba nan yon peyi tèt anba. Port-au-Prince, Éditions Henri Deschamps.

Dejean, Yves (2013), « Lang kreyòl : prensipal mwayen konesans pèp ayisyen ». Dans R. Govain (dir.), Akademi Kreyòl Ayisyen : Ki pwoblèm ? Ki avantaj ? Ki defi ? Ki avni ? Port-au-Prince, Éditions de l’Université d’État d’Haïti, 41–52.

Dejean, Yves (2001), Créole, école, rationalité. http://www.tanbou.com/2002/fall/CreoleEcoleRationalite.htm, consulté le 29 juillet 2009.

Deniaux, Xavier (2003), La Francophonie. Paris, Presses universitaires de France.

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Govain, Renauld (2020a), Le français haïtien et la contribution d’Haïti à la francophonie et au fait francophone. Revue internationale des Francophonies. Disponible sur http://rifrancophonies.com/index.php?id=1041.

Govain, Renauld (2020b), Le français haïtien et le «français commun» : normes, regards, représentations. Revue Autres Modernités. Disponible sur https://riviste.unimi.it/index.php/AMonline/article/view/13395

Govain, Renauld (2020c), Aspects phonologiques du français haïtien : influence du créole haïtien. Congrès Mondial de Linguistique Française—CMLF 2020. Disponible sur https://www.shs-conferences.org/articles/shsconf/pdf/2020/06/shsconf_cmlf2020_02005.pdf

Govain, Renauld (2015), « Le français haïtien et la francophonie caribéenne : pour le renforcement du fait francophone dans la région ». Séminaire AUF des départements universitaires de français dans la Caraïbe. (Kingston, 2–4.12.2015).

Govain, Renauld (2013), « Le français haïtien et l’expansion du français en Amérique ». Dans V. Castellotti (dir.), Le(s) français dans la mondialisation. Bruxelles / Fernelmont, Éditions EME Intercommunications (Coll. «Proximités sciences du langage»), 85–103.

Govain, Renauld (2009), Plurilinguisme, pratique du français et appropriation de connaissances en contexte universitaire en Haïti. Thèse de doctorat, Université Paris VIII.

Klinkenberg, Jean-Marie (1999), Des langues romanes. Paris/Bruxelles, Ducolot.

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Pompilus, Pradel (1976), Contribution à l’étude comparée du créole et du français à partir du créole haïtien / morphologie et syntaxe. Port-au-Prince, Éditions Caraïbes.

Saint-Germain, Michel (1988), La situation linguistique d’Haïti : Bilan et perspective. Québec, Éditeur officiel du Québec4.

Têtu, Michel (1997), Qu’est-ce que la francophonie ? Paris, Hachette Edicef.

Tontongi (2007), Critique de la francophonie haïtienne. Paris, L’Harmattan.

Vaugeois, Denis, Litalien, Raymonde (2004), Champlain : Naissance de l’Amérique française. Paris, Septentrion.

Vernet, Pierre (1989), « L’alphabétisation en Haïti : aspect linguistique ». Dans Hommages au Docteur Pradel Pompilus. Port-au-Prince, Centre de Linguistique Appliquée, Université d’État d’Haïti, 17–36.

Sommaire

Introduction générale : un éclairage sur la francophonie haïtienne, par Renauld Govain

La francophonie haïtienne et l’expansion du français en amérique et dans la caraïbe, par Renauld Govain

Les représentations du français et du créole dans le discours des locuteurs haïtiens : quelles considérations ?, par Guerlande Bien-Aimé

Pratiques linguistiques des haïtiens vivant aux États-Unis : une étude de cas de la communauté haïtienne à Chicago, par Johnny Alex Laforêt

La persistance des préjugés anti-créoles dans l’univers francophone haïtien, par Tontongi

Aménagement linguistique et réussite scolaire en contexte plurilingue : regard sur le cas d’haïti, par Lemète Zéphyr

Le conditionnel en français et en créole haïtien : une tentative d’analyse d’erreurs, par Fortenel Thélusma

Problème d’équivalence lexico-sémantique créole haïtien-français : émergence du français haïtien, par Jean Bruny Fresmont

Le français haïtien : quelques spécificités par Renauld Govain

Conclusion générale : pour une meilleure connaissance de la francophonie haïtienne, par Renauld Govain

Le livre collectif La francophonie haïtienne et la francophonie internationale : apports d’Haïti et du français haïtien, peut être obtenu sur le site de JEBCA Éditions.

Notes

1.Selon le recensement général de 2013 de l’Institut haïtien de statistique et d’informatique (IHSI).
2.http://www.axl.cefan.ulaval.ca/amsudant/haiti.htm
3.La situation linguistique en Haïti, bilan et prospective, par Michel St-Germain
4.La situation linguistique en Haïti, bilan et prospective, par Michel St-Germain

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