Aller au sommaire de ce numéro de Tanbou/Tambour, Automne 2013–Printemps 2014

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Poèmes en Français

Poème de Valy Grant Henry

Aquarium sans eau

Dès mon plus jeune âge, j’ai perdu, mes quatre ailes couvertes d’écailles ; mon maître m’a mis dans un grand réservoir transparent destiné à recevoir des poissons, des plantes aquatiques. Réservoir, qui normalement aurait du être rempli d’eau. Je ne suis ni un poisson, ni une plante aquatique, c’est pourquoi mon maître, n’a pas mis d’eau dedans. Heureusement ! Car je ne suis qu’un pauvre insecte lépidoptère. Mon grand protecteur, venu je ne sais d’où, met à ma disposition eau, nourriture, plante, et bien sûr, fleur que j’aime tant. Il me donne tout ce qu’il pense nécessaire pour ma survie. De toujours, mes semblables viennent me visiter. Naturellement, ma famille vit avec moi mais quand, à travers la transparence de l’aquarium, je regarde ou j’observe d’autres papillons jeunes, assez jeunes, très jeunes qui vont de fleur en fleur, quand je contemple la danse harmonieuse et joyeuse de leur envole, je soupire, je demande à ma mère, je demande à mon père, je questionne mon maître « pourquoi moi ? Pourquoi pas moi ? » Je suis triste, je pleure, je me décourage. Je suis fatigué de cette prison transparente, fatigué de respirer ce même air, fatigué de ces mêmes arbres toujours plantés autour de moi, encore ces mêmes fleurs. Je suis tout juste fatigué de cette monotonie. J’ai envie, tout comme eux, de m’envoler loin, très loin d’ici, de flirter et de goûter à l’aventure. Mais, à chaque fois, quand derrière ce clair vitre de cet aquarium sans eau, avec frisson, je vois d’autres papillons qui se font dévorer par d’autres bêtes, d’autres insectes détruits par des produits et d’autres malmenés par les intempéries, je soupire, je respire et je me souviens de ce que ma mère répète tout le temps, quand je pose des questions : « Si le maître a coupé tes ailes dès ton jeune âge et te place là, ce n’est que pour te protéger»

(22 avril 2012)

—Valy Grant Henry

Poèmes de Bobby Paul

Desiring No More Than This by Johanna Baruch (oil on panel, 24x 18 / 2006)
Desiring No More Than This by Johanna Baruch (oil on panel, 24" X 18" / 2006). Reference: Galleria Florentia; European Fine Arts / 2009. Boston, MA. www.galleriaflorentia.com.

Monologue

ce soir intimement
ils me parlent mes maux
ils titillent mes angoisses
ils exposent mes vécus
ils exhibent mes blessures
ils récitent mes errances
ils violentent mon calme
ils déchirent ma paix
ils volent mes joies
ils violent mes acquis
ils plagient mes cris
ils prêtent ma voix
et reprennent mon chant
pour me raconter sans sourdine :
l’histoire contemporaine d’Haïti !

(2012)

Vin rosé

au bal des grands crus
la débandade est gratuite
c’est le carnaval des pleurs
et la danse funèbre des attentes
apprenez aux rues la leçon
ouvrez toutes les portes
ce ne sont pas des cris
ni les frappes du chaos
l’information est un droit
les besoins des devoirs

pire que les péripéties
de grimper au calvaire
voici le silence imposé
il s’installe en seigneur
sur nos lèvres recousues

(2012)

Mon île

et la durée
de cette peine
que je garde
longuement en moi
lorsque tendrement
je t’ai dévisagée
la fragilité
dans tes yeux
la souffrance
dans tes mains
la déshumanisation
que me calque
ton franc sourire
et la non résignation
dans tes « bonjour »
tout cela me fait croire
pour ta paix
ton repos d’esprit
et ton bien-être
que sous le couvert
de ta grâce angélique
il y a, à coup sûr,
la gestation des maux
qui ne peuvent plus attendre
la saison printanière
pour casser les eaux.

(2012)

—Bobby Paul

Poèmes de Edner Saint-Amour

Le Leader Maximo

François Dominique Toussaint Breda
est né dans un atelier de l’habitation Breda
il porta un horrible surnom
le sobriquet humiliant de Fatras Bâton.

Toussaint subit le sarcasme journalier
de ses camarades de case ou d’atelier
mais à force d’effort et de courage
nul ne le devance à la course à la nage.

Initié par son père aux secret des feuilles
à dix huit ans il déjà un docteur feuille
maître dans l’art de soulager hommes et animaux
il demeure un excellant guérisseur de maux.

Toussaint apprend vite, curieux, intelligent doué
son parrain Simon Baptiste reconnaissant ses qualités
l’apprend à lire et à écrire ! Un esclave de génie !
Bayon de Libertat lui enseigne le latin, la géométrie.

À cause de sa loyauté et de son talent incontesté
son maître Bayon de Libertat en a fait son cocher
tâche la plus importante que pouvait exercer un esclave
il partage la vie de son maître, ne vit plus dans la case.

Affranchi Toussaint est à la tête d’un terrain
puis il est fondé de pouvoir de Philippe Jasmin
Après la révolte générale des esclaves à Bois Caïman
Toussaint passe au camp espagnol, donc un virement.

Il rejoint les marrons, les esclaves révoltés
Jean François et Biassou, chefs des révoltés
sous la tutelle de Biassou il est médecin des armées
s’occupant des tâches civiles dans leur armée.

Il s’est affranchi de la tutelle de Biassou plus tard
pour devenir Maréchal du Marquis d’Almonas
Toussaint organise ses soldats en bataillons réguliers
formant une intrépide armée unifiée et disciplinée.

Quand la France décide l’abolition de l’esclavage
la liberté générale pour tous les esclaves
Toussaint change à nouveau de camp
Il rejoint la France, il fait un revirement.

Toussaint devient le libérateur des noirs
il combat et gagne de victoire en victoire
Il devient l’unique centre de la politique
au point de devenir le gouverneur de l’île.

Mais après avoir promulgué sa constitution
irrité Bonaparte lance une expédition
contre le gouverneur Toussaint Louverture
Saint Domingue sombre dans une terrible aventure.

Vu que le sang reste en trop grande effusion
Toussant est contraint à la négociation
Par traîtrise Brunet procède à son arrestation
puis à son embarquement, à sa déportation.

Enfin le sept avril mille huit ans trois
Toussaint meurt d’inanition et de froid
Toussaint passe au dernier trépas
ou sa mort reste un assassinat.

Toussaint constate son triste décès
après avoir la hiérarchie au sommet
voici l’histoire de Toussaint Louverture
dans le déroulement des aventures.

Toussaint Louverture demeure un grand héros
le plus grand chef noir, le leader Maximo
Il meurt pour seule une cause sacrée
pour la liberté, l’égalité et la fraternité.

(9 septembre 2012)

Quand tout se désorganise
où la société est compromise
quand tout reste en crise
où le monde agonise.

Quand la mère n’a aucun montant
pour s’occuper de ses enfants
où tout rêve vire au chimère
et s’achemine vers des enfers.

Quand le père est privé d’argent
pour prendre soin de ses enfants
où tout rêve vire au chimère
et s’achemine vers des enfers.

Quand le monde des parents
ne peut pas nourrir les enfants
où tout rêve vire au chimère
et s’achemine vers des enfers.

Quand le monde de l’enfance
vit le syndrome de la malchance
Quand le monde de la jeunesse
respire au rythme de la détresse.

Là je vois un pays sans lois
qui cultive le désarroi
Là je vois des excellences
qui méprisent les compétences.

Là je ne vois que des dirigeants
n’ayant nul souci que l’argent
n’ayant nul souci que leur poche
qu’ils remplissent dans la débauche.

Là je ne vois qu’une opposition
dépourvue de toute motivation
Là je ne vois qu’une élite
privée de tout mérite.

Là je vois des chefs de bande
qui se soucient des prébendes
rêvant d’empocher le pognon
qu’ils veulent grossir en million.

(26 novembre 2012)

Hélas !

Quand conter fleurette
devient une recette
à la fillette qui s’en tient
pour assurer son quotidien

Quand le jeune
ne connaît que le jeûne
au rythme quotidien
sans espoir d’autre destin

Quand le diplômé
lassé d’être humilié
recherche un vieux visa
pour rejoindre la diaspora

le monde est souffrant
d’un mal de dirigeant
de dirigeants compétents
savant tenir le volant

le monde souffre d’une élite
n’ayant aucun mérite
autre que des prébendes
dont ils chefs de bande

le monde souffre de président
prônant le changement
mais qui ne sait quoi dire
quand la situation empire

le monde souffre de l’opposition
qui compte sur le pognon
qu’elle veut gagner en proportion
au nombre faramineux de million

Hélas pays sans lois
ne créant nul emploi
qui méprise les compétences
et sombre dans la déchéance.

(26 novembre 2012)

Crise

Quand le chef se prend pour roi
violant les principes du droit
quand le chef se prend pour roi
ne respectant aucune loi

Quand le pays vit sans lois
livré au caprice du désarroi
Quand le pays vit sans principe
où toute valeur se dissipe

Le crime détient l’excellence
sur le trône de la déchéance
Nation en crise
qui agonise

Le crime détient l’excellence
sur le trône de la déshérence
Nation en crise
qui agonise

Le crime détient l’excellence
sur le trône de la délinquance
Nation en crise
qui agonise

Le crime détient l’excellence
sur le trône de la déviance
Nation en crise
qui agonise

Ô Zenglendo
Quel fardeau :
Pays en crise
qui agonise

Ô Chimère
quel calvaire :
Pays en crise
qui agonise

Ô kidnapping
Quelle vermine :
pays en crise
qui agonise.

(27 novembre 2012)

Rançon

Quand l’idéal de la jouissance
meut le train de l’existence
la vie s’écrit à loisir
avec l’encre du plaisir

Le ventre devient souverain
gouvernant le destin
le pubis devient seul roi
dictant les règles du droit

La politique chasse l’humanisme
au profit de l’égoïsme
en condamnant la res publica
à la rançon du coma.

Vivre c’est choisir

Il est de notre destin
de choisir notre chemin
nous gardant en permanence
dans le train de l’existence

Choisir c’est manifester
notre rêve, notre volonté
pour accomplir un acte censé
nous permettant d’exister

Vivre c’est apprendre à choisir
depuis le devoir jusqu’au loisir
Bourgeons ! Manifestons notre volonté
c’est du ressort de notre humanité.

(novembre 2019)

Quelle déchéance

Quand la société bascule
sans recul
dans une vague de violence
quelle déchéance

Quand la société bascule
sans recul
dans une vague de vengeance
quelle déchéance

Quand la nation bascule
sans recul
dans une vague de déviance
quelle déchéance

Quand le peuple bascule
sans recul
dans une vague de délinquance
quelle déchéance

Quand tout un monde bascule
sans recul
dans une vague de déshérence
quelle déchéance

Quand toute Haïti bascule
sans recul
dans une vague de déliquescence
quelle déchéance

Quand tout va au rythme de la malchance
qui laisse croire au gré de la déchéance
tout un monde se désorganise
Voici tout un peuple qui agonise

(10 novembre 2012)

Voici

Quand les chefs dirigeants
tournent le dos au changement
pour se convertir en chefs de bande
qui ne s’occupent que des prébendes

Tout qui prévaut
c’est le règne du chaos
décrivant mille maux
comme un lourd fardeau

Voici un peuple et une nation qui agonisent
dans un monde qui se désorganise
où la violence
se ligue à la vengeance

Voici la déshérence
Qui se ligue à la déchéance
pour enfanter le crime
qui grimpe à la cime

Voici la déliquescence
s’armant de sa lance
qui détruit l’enfance
réduite à la malchance

Voici la déliquescence
Qui s’installe en grande manche
détruit l’adolescence
réduite à la malchance

Voici le zenglendo
nous creuse un tombeau
Voici le kidnapping
nous fait plier l’échine

Voici le banditisme
nous ensorcelle de délit
Voici le chimère
nous accule à la misère.

—Edner Saint-Amour

Poèmes de Tontongi

Harvard Square, un après-midi d’été

La mélodie envoûtante
du saxe et de l’ensemble
ajustée à l’improviste
sur le square sous le vent
en gaîté du charme estival.

Les spectateurs et les passants
et les danseurs improvisateurs
s’échangent de place tout en souriant
de temps en temps—c’est la poésie
de la muse un jour d’été
les gens dansant en souriant.

Même les touristes et leurs caméras,
l’ai ébahis sous l’extase nouvelle
des grandes merveilles de Harvard Square
se foutent bien de l’ironie de la perversion
du lieu impur sur l’idéal d’être ; pourtant
les transcient homeless, c’est une autre histoire,
comme la conscience faite autre et indésirable
dans le laboratoire de la rééducation.

(3 août 2013)

—Tontongi

Poème Michel Collon

Hugo Chavez n’est pas mort, il a semé l’espoir, nous sommes tous Chavez !

De tous les dirigeants politiques que j’ai rencontrés, c’est Hugo Chavez qui m’a le plus marqué.

Bien sûr par sa vision très forte et son engagement pour son peuple et pour l’Amérique latine. Bien sûr par sa solidarité exemplaire avec tous les peuples en lutte (notamment les Palestiniens), par sa volonté de construire un front international pour que l’humanité échappe enfin à la pauvreté.

Mais aussi par ses qualités humaines. Quand on lui parlait, il écoutait avec une attention très forte, le temps qu’il fallait, sans interrompre, sans chercher à abréger malgré son emploi du temps hyper-chargé. Aucune prétention, mais au contraire une grande humilité, la volonté très forte d’apprendre de chacun, quel que soit son éducation et son rang, et la volonté de faire participer, de donner un rôle important à tous. C’est grâce à cela qu’il a réussi à mobiliser tout un peuple et à mettre l’Empire en échec.

Chavez n’est pas mort, il a semé l’espoir, il a rendu l’espoir à toute l’Amérique latine, et son œuvre est inspirante aussi pour l’Afrique, le monde arabe et l’Europe.

Ce dossier Chavez suivant, je l’avais préparé avec Meriem Laribi et Vincent Lapierre. Il vous permettra de comprendre pourquoi ce dirigeant est un des plus importants du siècle, pourquoi les médias le diabolisent, pourquoi les États-Unis vont essayer de renverser la révolution, mais aussi la force de celle-ci.

Chavez est un pilier de l’identité vénézuélienne contemporaine—Meriem Laribi
Interview de Romain Migus, sociologue français vivant à Caracas.

« L’amour est le combustible de la révolution? »—Meriem Laribi
Violence, dictature, populisme ? Entretien avec Vincent, le sous-titreur des vidéos de Chavez.

Chavez et la bataille planétaire—Charles Giuseppi
Pourquoi l’Amérique latine s’est embrasée.

Les athées prient pour Chavez—John Brown
Ni un professionnel de la politique, ni un expert, un homme du peuple.

« Tous sont Chavez même sans Chavez »—Fernando Morais
Pourquoi la révolution lui survivra.

La révolution, les femmes et la santé—Jean Araud
À présent, tous les Vénézuéliens ont droit à des soins de qualité et gratuits.

De la pauvreté extrême à la richesse humaine : les femmes au Venezuela—Jean Araud
Récit d’une rencontre de Michel Collon avec des Vénézuéliennes.

« À ceux qui me souhaitent la mort, je leur souhaite une très longue vie pour qu’ils continuent à voir la Révolution Bolivarienne avancer de bataille en bataille, de victoire en victoire.»—Hugo Rafael Chavez Frias (1954–2013)

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Poèmes de Lenous Suprice

Altière comme pas une

(à la mémoire de ma mère)

Il y a la mer qui te souriait
quand tu étais petit bateau
faisait le tour du feu
pour sauver tes marrons d’une abrupte fin
te repassait les leçons de choses à apprendre
le long de tes vêtements intérieurs
s’effaçait à l’embouchure de certaines eaux
bonnes ou un peu moins
et fermait la voie à l’impossible
pour paver une meilleure issue à ton avenir.

À contrario
sans attendre
il y a la mer qui s’asséchait à grandeur
quand tu étais sur le point d’être
pour la première fois
depuis des vagues et des vagues
assez belle barque à l’horizon
et passait son temps à vouloir protéger
simplement immuniser ses imposants poissons
contre les algues en abondance de la destruction.

Elle a perdu la plus grande part de ses chevaux
tout à fait résignée
mais a bravement pris en course le poulain des rails du hasard
un certain jour de juillet en bas âge
devant l’insondable au loin rameutant ses tambours
dans le parcours obligé
altière comme pas une
pour aller jusqu’au bout de l’incommensurable.

La voici maintenant
irrémédiablement assoupie
cathédrale endormie
dans le temps large du silence
à la fine pointe des messes quotidiennes
offrant comme si de rien n’était
à ses nombreux fidèles
malgré le glas lourd de l’angoisse
joyeux sourires et réconfort sincère
en la procession de l’heure
malgré tout.

Au volant de vos regards

(À la mémoire de Sonia Pierre et en appui aux autres Haïtiano-Dominicains en lutte pour leur citoyenneté)

Aux trois quarts nus
effets de rage en sus
des brumes pour abri à l’horizon
sans atmosphère ni instruments pour nul concerto
les voici au miroir du soir
de pluie en pluie
sans aucun tonnerre de canicule
pour illuminer la forêt de quiconque.

Mais vos heures (r)assemblent de la clarté dans l’âme
devant la montée de ces démoniaques agitateurs
et autres dévergondés.

Gauches à leurs tournants
leurs mots sont tombés
bruits sourds
ouragan d’octobre
pailles drues et vieux mulets téméraires
dans l’œil de votre fascination pour les savanes de la liberté
et les longs territoires de la fraternité.

Mais à tout prendre en compte
tant que vous serez la seule instance à bord
au volant de vos regards
une parole sera toujours là
une solidarité aussi
offertes à qui vous savez
véritables rivières en cavale
entièrement furieuses contre le vieil emblème de la dégradation
ou de la sécheresse des sentiments.

—Lenous Suprice

Poème de Willy « Orphée » Procida

Chers lecteurs,

J’ai écrit « Vérité Organique » parce qu’un mal connu de tous, continue à progresser tel un virus dans le cœur des hommes, et ce malgré les efforts d’une partie de l’humanité.

Ce mal remonte à l’origine des temps, il est le principal acteur d’énormément de souffrances, de colères et de conflits.

Un être vivant, fait de chair et de sang, qui se croît supérieur à un autre être vivant, fait lui-même de chair et de sang. Cette réalité presque ancestrale, qui est devenue celle de notre quotidien s’appelle le Racisme. À cause de leurs couleurs de peaux, certains hommes et certaines femmes sont considérés comme des êtres inférieurs. Quand le moindre geste et le plus petit mot est perçu différemment, chaque regard devient une agression. Le monde moderne a ouvert les yeux sur d’autres formes de Racismes, qui à une époque pas si lointaine étaient considérées comme normales : la discrimination envers les femmes et les homosexuels…

Toute cette haine a donné naissance à l’esclavage et à de multiples tentatives d’épurations ethniques.

Y’a-t-il un remède à cette épidémie ? Que faire quand la victime devient elle-même un bourreau ?
Devons-nous abandonner ?
Je dis NON
Devons-nous abandonner ?
Dites le avec moi, NON
Un citoyen révolté
Un poète révolté
Orphée

Vérité organique

L’être humain de couleur est-il né sous le soleil de Satan ?
Pourquoi son histoire est-elle pavée d’humiliation et de souffrance ?
La main des bien-pensants est-elle guidée par celle des anges ?
L’innocence, comment croire en son existence ?

Cette vérité physique, est-elle aussi une vérité génétique ?
Fait-elle de l’autre un être inférieure ?
La laideur de la peur
La laideur de nos cœurs.

« Tu n’es pas obligé de me croire, mais je ne suis pas un animal.
Bien que la colère qui hurle en moi me pousse dans les bras de dame Vengeance
Et vers les gorges de vos enfants.
Je ne ferais pas de cette option l’outil de ma délivrance»

« Tu n’es toujours pas obligé de me croire,
Mais je ne suis pas un animal.
Construire sur le sang
C’est construire dans et pour le néant
Mais construire dans le temps
C’est construire pour nos enfants»

« Vous n’êtes pas obligé de me croire, mais je suis un homme.
Sous ma peau jaune, vert, marron…
Ma chaire est du même rouge que la vôtre
Dans mes veines, mon sang est du même bleu que le vôtre»

Brûlons tous ensemble le voile hypocrite,
Qu’a déposé la déclaration des droits de l’homme sur nôtre monde.

Comment une civilisation qui se prétend civilisée,
Peut-elle tolérer l’intolérance ?
De la lumière l’homme ne connaît que l’obscurité
Et de l’innocence, il ne connaît que le mot.

Comment une civilisation qui se prétend civilisée,
Peut-elle tolérer l’intolérable ?
De son histoire l’humanité ne connaît que les pages écrites
Et la propagande qui n’amène qu’à l’oubli.

Cette vérité de l’esprit
Se propage telle une épidémie
Dans le cœur du conscient de tous les êtres vivants
Elle ronge, elle détruit, elle tue.
Elle est la racine de tant de souffrance
L’estomac de l’apocalypse n’est pas encore assez grand
Pour contenir toute l’humanité.

À cette soi-disant vérité organique
Il n’y a qu’un antidote
C’est vous !
Je ne connais qu’un seul vaccin
C’est nous !

L’homme est un virus que seul l’homme peut combattre
Il est très difficile de lui enfoncer cette simple vérité dans le crâne.

—Willy « Orphée » Procida

Poèmes de Romy Jean-Michel

L’enfer, c’est l’oubli

Une terrible tragédie s’est abattue sur Haïti ce mardi 12 janvier 2010. La terre a soudainement tremblé ; elle a continué à trembler ; elle tremble encore de plus en plus fort…

De nombreuses maisons qui quelques heures encore, quelques minutes, quelques secondes, quelques fractions de seconde, avant le drame servaient d’abris, de demeures, de nids douillets, de havre de paix, de cases, de remparts, de murs… se sont transformées sous les coups de boutoir du sort, du malheur, de la malédiction, des années d’incurie, que sais je encore… en prisons, en cercueils ensevelissant impitoyablement les vies et les biens.

Et la porte de l’enfer s’ouvre avec un fracas qui glace le sang et fige les vies, les souffles, les battements… dans un chaos indescriptible, mêlé de cris, de clameurs, de gémissements, de grognements… L’écho de ces pleurs, des malheurs, des souffrances, des corps qui se brisent, des vies qui se ploient, cabossées, piétinées, enterrées, ensevelies, étouffées, écrasées, abandonnées, oubliées, statufiées… cet écho se fit entendre partout dans le monde, jusqu’aux confins de l’univers.

Et la faucheuse assoiffée, affamée, jamais rassasiée, dégoulinante de dégoûts, de puanteur et de malheurs… déploya ses ailes immondes sur un pays déjà à genou, plié, courbé, valétudinaire… et face à cette proie facile, déjà abattue, sanguinolente, apeurée, perdue, désespérée… l’immonde faucheuse, toujours avide de sang, de chair, de larmes, de cris, de souffle vital, de battement… déploya ses serres ravageuses, puantes, empoisonnées, et, se tordant d’un rire morbide et tonitruant, inocula dans les chairs, les os, les consciences et les cœurs… sans vergogne, avec volupté, et fierté son morbide poison.

La mort se répand avec la soudaineté de l’éclair ; partout elle frappe, partout elle brise, partout elle engloutit, partout elle enchaîne, partout elle emprisonne, partout elle suce le sang, partout elle fait gicler le désespoir, la peur, la fuite, la terreur, partout elle disloque, partout elle étouffe, partout elle impose sa loi et son silence sépulcral…

Et de toute Haïti retentit son cri de gloire, de victoire arrachée à un adversaire trop faible pour résister, trop vulnérable pour échapper à sa dévorante emprise…

Ne dit-on pas dans ce pays que « ravet pa jam’m gen raison devan poule »1… même le grand Toussaint, le légendaire Dessalines, l’intrépide Capois dont la gloire trônait encore quelques secondes avant ce néant, sur la place des Héros, auraient abdiqué face à cet adversaire omnipotent, jaillissant de l’abîme, du néant, du dernier niveau de la géhenne pour torturer, écarteler, broyer, assassiner, égorger…

La bête immonde, la gueule béante et les crocs encore ruisselants de sang, de cervelles, de lambeaux de chair, d’os, de cheveux, d’intestins… marqua une pause, le temps de caresser l’air altier et satisfait, son ventre gonflé d’horreurs putrides, et de décrépitudes… un rot hautain, sonore recouvra tel un linceul les clameurs et les agonies…

« Vous qui pénétrez en ce lieu, abandonnez tout espoir »2 ; cette phrase m’a toujours paru exagérée, biscornue, boursouflée, inhumaine, totalitaire et inapte à rendre témoignage à l’extraordinaire capacité de l’humain à se régénérer, à se transcender pour renaître, et conquérir la pierre philosophale ; j’entends sa dignité d’homme…

Non mille fois non… il ne faut pas abandonner Haïti… tout renoncement est une insulte au courage de ceux et celles, petits et grands, fœtus, nouveaux nés qui ont choisi de défier la bête, de résister en ayant l’arrogance de lui cracher à la gueule leur inaltérable volonté de vivre, de survivre, se battre contre la mort, la folie, le désespoir, la bestialité jusqu’au dernier souffle…

Ainsi je me fais correcteur de la phrase de Dante, je veux la triturer, la malaxer, pour proposer au nom de tous les survivants du carnage cette formule plus martiale, plus vindicative, plus dynamique, plus vivante, plus fraîche, existentialiste, plus résiliente : VOUS QUI PÉNÉTREZ EN ENFER, ACCROCHEZ VOUS À L’ESPOIR ET BATTEZ VOUS…

La bête croyait avoir porté l’ultime assaut, la dernière estocade, infligé le coup de grâce ; elle pensait avoir anéanti toute vie, tout espoir, tout souffle, tout battement ; de son travail de sape et de prédation, elle était fière, et s’en allait triomphante s’en vanter en enfer et trinquer à la sinistre victoire…

Quand soudain le ciel d’Haïti s’emplit du bruit assourdissant des moteurs et réacteurs qui annoncent l’espoir, le renouveau, du renfort, du réconfort, du sang neuf galvanisant et salvateur… l’aide internationale est là.

Nos frères humains européens, asiatiques, africains, américains, océaniens sont venus nous dire leur amitié, leur fraternité, leur amour, leur refus du chaos, du néant, du désespoir… ils sont venus se battre à nos côtés pour que la vie reprenne son cours, pour extirper la vie, le souffle, le battement des entrailles immondes de la bête, qui a enterré la vie, le souffle, le battement sous des montagnes de bétons, de tôles, de ferrailles, d’acier, de poussière saupoudrées de sang giclé, répandu, dégoulinant, séché dans un tourbillon de cris, de clameurs déchirantes…

Et la bête orgueilleuse, immonde, dévorante, insatiable, suffisante, impitoyable, pansue sentit son arrogance chancelée, sa force ténébreuse déclinée, ses crocs acérés rapetissés, et devant ce mur d’humains déterminés à ramener du matériel de soins, de l’eau, de la nourriture, de quoi sauver des vies, et réparer le corps cabossé, l’os cassé, le mental anéanti ; la bête puante se fit toute petite, son emprise s’amoindrit, son pouvoir périclite, et son ombre jadis emprisonnant l’air respirable, la vie, le souffle, le battement, se dissipe, puis dans un ultime soubresaut, elle rendit l’âme.

La vie a triomphé, la lumière a chassé les ténèbres et un nouveau souffle emplit l’espace, on entend de nouveau les rires joyeux gorgés de vie des enfants d’Haïti, les oiseaux chantent leur apaisante mélodie, juchés sur le Mapou majestueux qui ombrage la place de JACMEL SURSUM CORDA…

Et vous savez pourquoi cette renaissance a pu se concrétiser ? Allez… ne soyez pas modestes… c’est parce que vous les EUROPÉENS, vous les AFRICAINS, vous les ASIATIQUES, vous les AMÉRICAINS, vous les OCÉANÉENS, petits et grands, femmes et hommes, vous vous êtes battus aux cotés de vos frères haïtiens…

Haïti trouvera le chemin de la rédemption, de la renaissance, de la résilience, mais à la seule condition de pouvoir compter maintenant, demain, et plus tard encore sur vous tous, comme « tuteurs de résilience ».

Il faudra rebâtir ce pays sur le plan matériel, mais surtout sur le plan humain, car la richesse la plus précieuse, le trésor le plus inaliénable dont ce pays est riche, ce sont ses enfants, la jeunesse ; il faut aider les enfants d’Haïti à se remettre debout et alors, le pays pourra s’appuyer sur des piliers solides, inaltérables et pérennes.

À l’enfer que vivent actuellement les Haïtiens sur ce bout d’île que nous chérissons tous, ne leur substituons pas un enfer plus terrible encore, plus amère, plus barbare, plus désespérant, plus anéantissant… et qui se nomme : L’OUBLI.

Pour moi, L’ENFER, C’EST L’OUBLI.

(Jacmel, 17/01/2010)

—Romy Jean-Michel

Notes

1. « Les cafards n’ont jamais le dessus face à la poule » ou « la raison du plus fort l’emporte toujours ».

2. Dante Alighiéri dans La divine comédie.

Poèmes de Charlot Lucien

Infinitésimalité

Fourmi frileuse, j’échouai par hasard
Dans les chaussures d’un grand homme
Qui manipulait les banques,
Commandait aux hommes,
Construisait des châteaux,
Finançait des chapelles et des orphelinats
Baisait femmes, hommes et enfants
Et buvait du bon vin millésimé
En insultant à gorge déployée
Dieu, les femmes et les princes.
Je me promenais dans sa voiture
Et, fourmi frileuse,
L’air glacial me fit prendre refuge
Au fond de sa chaussure.
Le grand homme, dans son véhicule,
Entreprit de dévorer la route
Empoussiérant les uns,
Éclaboussant les autres,
Et écrasant sur son passage,
Ici un chat,
Là un insecte
Ou un chien galeux ;
Et plus loin,
Et plus loin,
Il écrasa aussi,
Un enfant aveugle
Dont le sang écarlate
Souilla,
À sa grande stupéfaction
Et la blancheur de la carrosserie
Et la vitre de son bolide.

Un père éprouvé
Lança une malédiction,
En même temps
Qu’un bras vengeur
Et inutile,
En direction du véhicule,
Mais le monstre poursuivit sa route
Et son destin,
Ivre de puissance
Et d’insouciance.
Au fond de sa chaussure,
Fourmi solitaire,
Coincée entre le cuir et la chair,
Suffoquant de douleur, de chaleur
Et de relents divers,
J’utilisai mon seul moyen de défense :
Je mordis la chair tendre entre ses orteils.
Le pied du grand homme bondit de douleur,
Écrasa par mégarde la pédale de l’accélérateur,
Envoyant son puissant engin
Contre un arbre complice.
Quand sa tête rebondit contre la vitre,
Son sang suinta à travers,
Pour s’unir dans un vermeil uniforme
À celui de l’enfant aveugle,
Qui souillait encore la carrosserie.
Le père éprouvé tomba à genoux
Bégayant de reconnaissance à son Dieu.
Et moi, misérable fourmi,
Je me faufilai discrètement
Hors de ma prison inconfortable
Grimpant un lacet,

Longeant une semelle,
Traversant les monts et vallées
De sa chair encore pantelante,
Et dirigeai mon infinitésimalité
Vers le taillis le plus proche,
Méditant sur le destin
Des petits et des grands,
Mais surtout heureux
De respirer un air plus sain.

La chorégraphie des lucioles

Le feuillage s’est dissout dans la nuit
En masses sombres et mystérieuses
Qui font palpiter de terreur
Le cœur du voyageur nocturne.
Égaré dans l’obscurité,
Il avait perdu le Nord.
Deux lucioles, frivoles et pétulantes
Volent dans la nuit
Dans une chorégraphie répétée ;
L’une devant lui monte,
Redescend en une pente
Et remonte encore.
L’autre derrière lui
Répète son vol
De haut en bas
De bas en haut,
Dans un mouvement serpentin.
Le voyageur s’immobilise,
Et ses yeux comme hypnotisés
Suivent et lisent le mouvement des lucioles
Graduellement,
Les palpitations de son cœur s’apaisent
Et un sourire fleurit sur ses lèvres :
Il avait retrouvé le Nord…

Henri Christophe ou la torche de la liberté

En l’an de grâce, 1801
Napoléon Bonaparte, Premier Consul de France,
Jeta, et son regard et son armée
Par-delà l’Océan Atlantique.
Dans sa longue vue, il contempla l’île de Saint Domingue,
Future Haïti,
Et par-delà l’île célèbre,
Il rêva de la grande Amérique continentale.
« Vas à Saint Domingue, dit-il à son lieutenant Leclerc
Bombarde, emprisonne,
Torture et déporte ;
Soumets Toussaint Louverture,
Qui a osé défier Bonaparte,
Et ses barbares noirs,
Et retourne-les sur les plantations qu’ils ont osé déserter;
Au Cap-Haïtien s’il le faut,
Flatte, cajole et menace
Son général Christophe et ses rêves de grandeur»
Février 1802…
À la rade du Cap-Haïtien,
L’imposante flotte semblait étrangement alourdie :
Ce n’était point le poids des hommes,
Envoyés pour terrasser les rebelles
Ni le poids des canons amorcés
Pour bombarder la liberté,
Mais plutôt le poids des fers apportés,
Pour enchaîner des hommes
Dont les lèvres avaient goûté
À la sueur fielleuse de l’esclavage
Et dont les pieds nus avaient déjà tracé
Partout à Saint Domingue
Le sillon des chemins de la liberté…

L’émissaire Lubin fut dépêché dans la ville du Cap ;
Porteur de l’honneur militaire et de perfidie ;
« Général Christophe,
Reçois les compliments du Premier Consul Bonaparte
Et en fils fidèle de la République,
Remets la ville et ton commandement
Ton destin et celui de ton peuple,
Au Général Leclerc»
L’émissaire fut renvoyé avec la cinglante réplique :
« Allez dire au général Leclerc
Que sans les ordres du général Toussaint Louverture,
La France ne rentrera dans la ville du Cap,
Que lorsqu’elle ne sera réduite en cendres,
Et que même sur ses cendres,
Je le combattrai encore»
Et voici, sous les yeux de la foule en émoi
Et des soldats médusés
Au bout des bras puissants du géant noir
L’épée de la vengeance et la torche de la liberté
Brandies insolemment,
S’élevèrent jusqu’à frôler les cieux ;
On raconte qu’une clameur avait retenti :
« Général ! Général ! Prenez garde ! Le ciel ! »
Mais le futur monarque se jeta dans les rues du Cap
Enflammant de ses mains fébriles
Les superbes bâtiments, les casernes, les hôtels
Qu’il avait lui-même fait ériger !
Et la clameur à nouveau :
« Mon général, votre palais !
Votre palais flambe ! »
À l’écho de la clameur
Retentit comme des rires déments au milieu de l’enfer :

« Le Ciel ? Mon palais ?
Périsse le Ciel ! Périsse mon palais !
Dieu reconstruira le ciel
Et moi mon palais !
Mon palais ! Bien plus encore brûlera,
Si les bottes françaises foulent ce sol
Et menacent notre Liberté et notre Destin !
Soldats ! À vos armes !
À vos torches !
On rebâtira ! »
Et le voici Christophe
Luisant de fureur et de sueur ;
Le voici Christophe, superbe dans une rage incendiaire
Réduisant en cendres le Paris antillais,
Et menaçant de flamber le Ciel !
De sa flottille, Leclerc abasourdi interrogeait :
« Et qui est ce dément?
Qui arrêtera sa main destructrice ?
Où est passé Toussaint ce misérable ? »
Leclerc et ses hommes s’étant posé la question,
Débarquèrent,
Mais dans une fournaise infernale
De fumée et de cendres
Qui firent des hommes et des soldats
Des ombres et de fantômes,
Auxquels hélas, on ne pouvait passer,
Ni les chaînes,
Ni les fers !
Lorsqu’un an plus tard,
Les cadavres de plus de 40,000 envahisseurs
Eurent joint leurs cendres aux terres brûlées de l’île,
Et que le vent de la liberté eût chassé de ses côtes,
Et les fantasmes de gloire du Premier Consul,
Et les lambeaux de son armée de vétérans,
Le géant noir dans ses rêves de grandeur
Fit élever dans la Première République nègre de l’humanité
À plus de trois milles pieds au-dessus de l’océan
Tout près du ciel,
Le plus formidable monument jamais conçu
Pour célébrer la défense de la Liberté,
La Citadelle Henri Christophe.

—Charlot Lucien

(Extraits de La tentation de l’autre rive / Tantasyon latravèse, Éd. Trilingual Press, 2013)

Downtown Port-au-Prince —photo by John Ripton, July 2010.
Downtown Port-au-Prince. —photo by John Ripton, July 2010.
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