Aller au sommaire de ce numéro de Tanbou/Tambour, hiver 2016

Page d’accueil  |   Sommaire de ce numéro  |   Contribution de Texte et de Courrier: Editeurs@tanbou.com



L’endettement d’Haïti au titre du Programme Petrocaribe

—par Jean Saint-Vil géographe

Depuis l’effacement de sa dette entre juillet 2009 et février 2010 par les « pays amis d’Haïti » et les principales institutions financières internationales, Haïti n’est plus éligible aux prêts internationaux : une somme qui se montait à 2.021 milliards de dollars à laquelle il faut ajouter 395 millions de dollars effacés au titre du Programme Petrocaribe par le gouvernement du Venezuela en 2010. Ce qui fait au total 2.416 milliards de dollars de dettes qui ont été annulées en l’espace d’une année au profit d’Haïti.

Les raisons de l’effacement de ces dettes sont connues : les effets de catastrophes en série qui avaient frappé le pays surtout en 2008 et les émeutes de la faim d’avril 2009. Cependant, contrairement aux effets liés aux mécanismes en vigueur chez les bailleurs qui rendent ipso facto inéligibles aux prêts les pays dont on a effacé la dette, Haïti qui avait intégré ce programme en 2007 a pu continuer à bénéficier des crédits prévus dans le cadre de ce programme.

Le texte qui suit a pour objectif d’analyser l’endettement du pays envers le Venezuela depuis son adhésion à Petrocaribe en septembre 2007.

La dette d’Haïti envers le Programme Petrocaribe

L’accord Petrocaribe prévoit six modalités de paiement en fonction du niveau des prix du baril, avec deux parties : une partie cash et une partie remboursable, le niveau de celle-ci diminuant avec le niveau du prix du baril jusqu’à disparaître quand il tombe à moins de 40 dollars. Le total de la partie remboursable à payer sur un délai de 25 ans moyennant deux années de grâce, s’est chiffré à 1.750 milliard de dollars depuis novembre 2015 (soit près de 100 milliards de gourdes), selon le Bureau de monétisation et d’aide au développement.

La dette d’Haïti envers Petrocaribe, que le pays traînera jusqu’en 2042 a augmenté considérablement au cours des six dernières années, parce qu’elle ne dépassait pas 462 millions de dollars en 2010–11. D’après Leslie Péan, la dette d’Haïti envers Petrocaribe ne fait qu’augmenter par rapport à nos exportations : 50% de celles-ci en 2011, soit 887 millions de dollars US et 108% en 2014, soit 2.158 millions de dollars US.

En même temps, la dette du pays envers le Venezuela qui avait effacé 395 millions de dollars au profit d’Haïti en 2010 constituait 73,9% de la dette totale d’Haïti en l’année 2013–14, soit 1.595 millions de dollars sur un total de 2.158 millions. Il n’est pas impossible que cette dette se situe actuellement en valeur relative aux environs de 80% de l’ensemble de la dette du pays.

Le ratio de la dette internationale par rapport aux réserves liquides internationales d’Haïti est passé de 48% en 2010 à 93% en 2014 et doit se situer probablement bien au-delà de 100% actuellement du fait de la diminution des réserves de la Banque centrale de la République d’Haïti depuis deux ans.

Les remboursements par la Direction du Trésor de la dette d’Haïti au Venezuela ont commencé en février 2013 et se poursuivent régulièrement, atteignant 60,5 millions de dollars au 31 octobre 2015, soit environ 3,26 milliards de gourdes le même mois.

Le remboursement de la dette au titre du Programme Petrocaribe ne cesse d’augmenter en monnaie nationale. Les 60,5 millions de dollars qui correspondaient en février 2013 à 2,59 milliards de gourdes s’élevaient en novembre 2015 à 3,3 milliards de gourdes pour se convertir en janvier 2016 à 3,63 milliards de gourdes.

Les investissements publics massifs entre 2011 et 2014

Haïti a pu profiter en théorie, grâce au programme Petrocaribe, entre 2011 et 2014, d’une manne de 320 millions de dollars américains par an pour financer 234 projets d’investissement public dans divers domaines (transports, logements sociaux, sports, notamment) ainsi que dans des programmes sociaux divers.

Cependant, en raison de la chute de prix entamée en 2014 sur le marché mondial, les montants disponibles tirés de Petrocaribe avaient brusquement chuté à partir de l’année 2014–15 pour passer de 20 milliards de gourdes à quelque 10 milliards de gourdes dans le budget national.

Pour le budget de l’exercice fiscal 2015–16, le gouvernement ne pourra rien tirer en termes d’investissement public du Programme de Petrocaribe, le baril de pétrole brut étant inférieur à 40 dollars américains depuis août 2015 et à moins de 30 dollars depuis la deuxième semaine de janvier 2016. En conséquence, le taux de croissance du PIB qui était prévu à 3,6% pour l’exercice fiscal 2015–2016 risque de se situer à moins de 2%, voire plus bas.

Conclusion

En moins de deux années, la situation en termes d’approvisionnement énergétique d’Haïti et de possibilités d’investissements publics a changé pour Haïti avec la baisse du prix du baril de pétrole. Il faut regretter que ces investissements n’aient pas été conçus de manière rationnelle et réfléchie pour changer les conditions de vie de la population et n’ont pas contribué à s’attaquer aux problèmes chroniques de déficit en infrastructures, notamment en électricité, en eau, en transports et en assainissement du pays.

Plus aucun financement au titre de Petrocaribe—envers lequel on s’est endetté pour près de deux milliards de dollars jusqu’en 2042—ne sera à l’ordre du jour pendant encore quelques bonnes années. Il ne reste plus qu’à payer régulièrement cette dette tant que cela sera possible pour un pays sans aucune perspective économique.

—Jean Saint-Vil jeanssaint_vil@yahoo.fr

Aller au sommaire de ce numéro de Tanbou/Tambour, été 2015

Page d’accueil  |   Sommaire de ce numéro  |   Contribution de Texte et de Courrier: Editeurs@tanbou.com