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Présentation de Poetica Agwe
Presentation of Poetica Agwe
Prezantasyon Poetica Agwe

—par Tontongi

J’écris ce livre parce que je veux partager avec mes semblables mes observations, mes émotions et mes pensées. Si j’y cris des indignations, c’est parce que des gens réels souffrent et meurent à cause des décisions et actions instiguées par d’autres humains.

Comme je le dis ailleurs, la poésie peut se joindre à la politique, c’est-à-dire à l’action collective pratique, pour forcer l’équité contre l’égoïsme d’une minorité. Si je critique la politique des dirigeants de mon pays originaire, Haïti, c’est parce que je l’aime et que je lui veux du bien, partageant ses rêves et ses aspirations.

Si je critique la politique des dirigeants de mon pays réfugiaire, les États-Unis d’Amérique, c’est parce que ma conscience n’a pas pris congé pour avoir émigré ; c’est parce je m’identifie à la tradition de dissidence des États-Unis, à sa tradition de lutte, comme incarnée par Thomas Paine et Frederick Douglass, pour l’inclusion au lieu du rejet de l’Autre ; c’est parce qu’aussi j’aime le peuple étasunien et que je le trouve généreux et ouvert à la dynamique progressive de l’Histoire, même s’il se laisse trop souvent zombifier par l’attraction merveilleuse du capitalisme matérialiste promue par la propagande officielle et médiatique.

J’appelle dans le livre pour des pourparlers entre les États-Unis et leurs ennemis—en particulier l’Iran, les insurgés irakiens, Al Qaeda, la Corée du Nord, les Taliban et le Hamas—, selon la notion que nous faisons la paix avec nos redoutables ennemis, et non avec nos inoffensifs amis. Selon la compréhension aussi que les représentations de l’ennemi sont pour la plupart fausses, basées sur des préjugés ou des intérêts objectifs, parfois subjectifs.

J’y appelle aussi pour « une sorte de Grand Négoce Conférence où toutes les cartes et revendications seront placées sur la table, y compris le principe d’un monde multipolaire où différents centres de pouvoir coexistent et s’interagissent pacifiquement tout en se faisant contrepoids ». Un grand négoce au bout duquel ne sortira ni gagnant ni perdant, mais un engagement collectif pour trouver une issue rationnelle et pacifique aux conflits. Le retrait total des États-Unis d’Irak et d’Afghanistan peut être part, par exemple, d’un tel négoce. Et pourquoi pas un engagement par les insurgés irakiens, par Al Qaeda, par les Taliban, etc., de cesser toute action hostile contre les États-Unis ? Si les Israéliens, les Palestiniens, les Libanais, les Syriens en font autant, ce serait certainement un bon départ vers la destination de la paix (au moins dans ces parties du monde).

Comme Frantz Fanon et Jean-Paul Sartre l’ont dit, la contre-violence des opprimés restitue leur humanité dans une situation de violence totalitaire qui les déshumanise, mais la violence, en dépit du fait qu’elle serve les intérêts des belligérants, n’apporte rien comme valeur à la finalité morale des problématiques humaines. La réalisation de l’être implique un dépassement éthique et paradigmatique à la fois de la sauvagerie de la force brute physique, de la coercition des impératifs économiques et de la zombification des présupposés intellectuels.

Nous avons avec le peuple français de nombreuses affinités culturelles, linguistiques et historiques, et nous sommes bien reconnaissants du grand geste solidaritaire qu’il a manifesté aux victimes du récent séisme, mais on ne peut ignorer le fait que la politique du gouvernement français a été plutôt désastreuse dans les récentes crises haïtiennes et que le public français a été entretenu par un implacable barrage de désinformation, rendu possible, en partie, par l’influence de la petite bourgeoisie intellectuelle port-au-princienne sur l’intelligentsia parisienne.

Vue dans son ensemble, la réponse du peuple étatsunien à la tragédie du tremblement de terre qui frappe Haïti le 12 janvier 2010 a été formidable. J’étais bien ému d’être témoin d’une si grande solidarité du peuple étatsunien avec le peuple haïtien, pour lequel il éprouvait une sincère empathie. Le réflexe impérialiste des dirigeants étatsuniens n’a heureusement pas entamé cette bonne disposition.

La présente œuvre est mon cadeau à ces amours difficiles, le fruit de trois décennies d’émotions et de réflexions vivant aux seins des États-Unis. En un sens elle constitue aussi la trace de mon passage sur ces terres—Haïti, France, USA—, le patrimoine de mon existence en exil, le souvenir qui survivra mon évanescence.

J’écris le livre en trois langues parce que je veux m’adresser à la fois à trois communautés linguistiques en même temps, tout en soutenant la parité entre le français, l’anglais et l’haïtien que je connais et dans lesquels j’écris indifféremment depuis maintenant un quart de siècle. Comme je le fais dans la revue Tanbou, je soutiens le défi de montrer la force de la langue créole haïtienne dans son autonomie caractéristique propre et dans un rapport d’égalité avec les langues dominantes, en l’occurrence le français et l’anglais. J’espère très fortement qu’un jour, en 2011 ou en 2091, la langue vernaculaire haïtienne soit reconnue et utilisée comme la langue nationale, à dimension universelle, qu’elle est.

Finalement, Poetica Agwe veut réaffirmer la notion que nous sommes tous compagnons dans l’aventure de la vie et que nous ne sommes pas des ennemis naturels des uns contre les autres, mais, au contraire, des alliés inéluctablement liés, les uns avec les autres, dans le grand projet de réalisation d’un système de justice universel, défenseur des droits de tous et de chacun, préservateur de l’intégrité qualitative d’un environnement écologique sain et vivable, libéré des impératifs mercantilistes des entreprises capitalistes. Poetica Agwe est à la fois un cri de cœur, une réflexion critique sur l’être et l’action des humains, et un appel pour changer la vie.

—Tontongi janvier 2011

Presentation of Poetica Agwe

I wrote this book because I want to share with my fellow human beings my observations, my emotions and my thoughts. If I cry indignations, it’s because real people have suffered and died as a result of decisions and actions taken by other human beings.

As I say elsewhere, poetry can join with politics, that is collective practical action, to force equity against the egoism of a minority. If I criticize the politics of the leaders of my country of origin, Haiti, it’s because I love her and that I wish good things for her, sharing her dreams and her aspirations.

If I criticize the politics of the leaders of my country of refuge, the United States, it’s because my conscience has not gone on vacation just for my having emigrated; it’s because I identify with the US tradition of dissent, with it’s tradition of struggle, as incarnated by Thomas Paine and Frederick Douglass, for inclusion instead of rejection of the Other; it’s because I also love the American people and that I find them open to the progressive dynamic of History, even if they let themselves too often zombified by the marvelous attraction of the materialistic capitalism promoted by official and mediatic propaganda.

I call in the book for talks between the United States and all its enemies—in particular Iran, the Iraqi insurgents, Al Qaeda, North Korea, the Taliban and the Hamas—in accordance with the notion that one makes peace with his or her harmful enemies, not with harmless friends. In accordance also with the understanding that the representations of the enemy are for the most part false, based on prejudices, or on objective interests, sometimes subjective ones.

I call in the book for a kind of “Great Bargaining Conference where all cards and grievances would be put on the table, including the principle of the multi-polar world where different centers of power will coexist and interact peacefully together and balance one another.” A great bargain at the conclusion of which there is no winner or loser but a collective commitment to find a rational and peaceful solution to the conflicts. The total withdrawal of the United States from Iraq and Afghanistan, for example, can be part of such a bargain. And why not a commitment by the Iraqi insurgents, by Al Qaeda, by the Taliban etc., to stop all hostile actions against the United States? If the Israelis, the Palestinians, the Lebanese, the Syrians do likewise, this would be certainly a good start toward the destination of peace (at least in these parts of the world).

As Frantz Fanon and Jean-Paul Sartre said, the oppressed’s counter-violence restitutes their humanity in a situation of totalitarian violence that dehumanizes them, but violence, despite the fact it serves the interests of the belligerents, doesn’t bring any thing of value to the moral finality of human problematics. The realization of being implies an ethical and paradigmatic overtaking of together the savagery of physical crude force, the coercion of economic imperatives and the zombification of intellectual assumptions.

We have with the French people numerous cultural, linguistic et historical affinities, and we very much appreciated the great gesture of solidarity they have manifested toward the recent earthquake victims, but one cannot ignore the fact that French government policies have been rather disastrous for Haiti’s recent crises and that the French public has been fed an implacable barrage of misinformation, made possible, in part, by the influence of the intellectual petite-bourgeoisie of Port-au-Prince on the Parisian intellectual establishment.

Seen in its entirety, the reaction of the American people to the tragedy of the earthquake that hit Haiti on January 12, 2010, was formidable. I was very touched being witness to such a great solidarity of the American people with the Haitian people, for whom they felt a sincere empathy. The imperialist reflex of US leaders has fortunately not affected this good disposition.

The present work is my gift to these difficult loves, the fruit of three decades of emotions and reflections living in the United States. In a sense, it also constitutes the trace of my passage on those lands—Haiti, France, USA—the patrimony of my existence in exile, the memory that will survive my evanescence.

I wrote this book in three languages because I want to address altogether three linguistic communities at the same time, while sustaining the parity among the French, English and Haitian languages that I know and in which I write indifferently since now a quarter of century. As I do in the journal Tanbou, I sustain the challenge of showing the strength of the Haitian Creole language in its own characteristic autonomy, and in a relation of equality with the dominant languages, in this instance French and English. I hope very strongly that one day, in 2011 or 2091, that the Haitian vernacular language be recognized and utilized as the national language, with universal dimension, that it is.

Finally, Poetica Agwe aims to reaffirm the notion that we are companions in the adventure of life, and that we are not natural enemies to one another, but, to the contrary, allies ineluctably bound, one to another, in the great project of realization of a universal justice system that’s defending the rights of all and of each one of us, preservator of the qualitative integrity of a safe and livable ecologic environment, liberated from the mercantilist imperatives of capitalist corporations. Poetica Agwe is altogether a cry from the heart, a critical reflection on being and on the action of human beings, and an appeal to change life.

—Tontongi January 2011

Prezantasyon Poetica Agwe

Mwen ekri liv sila a paske mwen vle pataje avèk sanblab mwen yo obsèvasyon m, emosyon m ak panse m. Si m rele endiyasyon se paske gen moun reyèl k’ap soufwi e ki ap mouri akoz de desizyon ak aksyon ke lòt èt imen pran.

Kouwè m di lòt kote, pwezi ka jwenn ansanm avèk politik, sètadi aksyon kolektif pratik, pou pouse ekite kont egoyism yon ti minorite. Si mwen kritike politik dirijan peyi natifnatal mwen, Ayiti, se paske mwen renmen l eke mwen vle byen pou li, paske tou mwen pataje rèv ak aspirasyon li.

Si mwen kritike politik dirijan peyi refij mwen, Etazini Damerik, se paske konsyans mwen pa al nan vakans paske mwen te sètoblije emigre ; se paske mwen rekonèt mwen nan tradisyon rebelyon Etazini, avèk tradidyon lit li, selon ekzanp Thomas Paine e Frederick Douglass, pou enklizyon, tèt kole ak tout moun, olyede rejeksyon moun ki pa menm avè yo ; se paske tou mwen renmen pèp etazinyen an eke mwen twouve li jenere e ouvè fas a dinamik pwogresis Listwa, menmsi li two souvan lese yo zonbifye l pa atirans bèlmèvèy kapitalism materyalis pwopagann ofisyèl ak masmedya yo ap voye monte.

Mwen mande nan liv la pou Etazini pale avèk lennmi l yo—patikilyèman Iran, rebèl irakyen yo, Al Qaeda, Koredinò, Taliban yo e Hamas—, selon nosyon moun fè lapè avèk lennmi danjere li, non pa avèk zanmi inofansif li. Selon konpreyansyon ke reprezantasyon nou gen de lennmi yo trè souvan fo e baze sou prejije oubyen enterè objektif, pafwa menm enterè sibjektif.

Mwen rele pou gen « yon sòt Gwo Konferans Negosyasyon kote tout kat ak revandikasyon tout moun ap plase sou tab la, avèk tou adopsyon prensip yon mond miltipolè kote plizyè sant de pouvwa koekziste ansanm e entèraji pasifikman pandan pouvwa youn ap fè kontrepwa ak pouvwa lòt ». Yon gwo negosyasyon nan fen li pap gen ni gayan ni pèdan, men yon angajman kolektif pou yo jwenn yon solisyon rasyonèl e pasifik pou konfli yo. Ralekò total Etazini nan Irak e nan Afganistan, pa ekzanp, ka fè pati de negosyasyon sila a. E poukwapa yon angajman pa rebèl Irakyen yo, pa Al Qaeda, pa Taliban yo elatriye, pou yo estope tout aksyon ostil kont Etazini ? Si Izraelyen yo, Palestinyen yo, Libanè yo, Siryen yo dakò pou yo fè menm jan an, sa ap yon bon depa pou al nan destinasyon lapè (omwen nan pati sa yo nan lemond).

Kouwè Frantz Fanon e Jean-Paul Sartre di, kont-vyolans anplwaye pa oprime yo fè yo rejwenn plas yo nan sen imanite nan yon sitiyasyon vyolans totalitè ki dezimanize yo, men vyolans nan limenm pa pote anyen de valè nan finalite moral pwoblematik èt imen yo. Reyalizasyon sa you moun ye vle di gen yon depasman etik e paradigmatik alafwa de sovajri fòs fizik brital, de kontrent enperatif ekonomik yo ansanm ak zonbifikasyon presipozisyon entelektyèl yo.

Nou gen avèk pèp fransè a anpil lyen afinite kiltirèl, lengwistik ak istorik, e nou te byen rekonesan de gran jès solidarite li te manifeste anvè viktim tranblemanntè ki sot pase a, men nou pa ka fèmen zye sou lefè ke politik gouvènman fransè a nan dènye kriz ayisyen yo kreye yon pakèt dezas pou Ayiti, eke medya yo boure sèvo piblik fransè a avèk chay dezenfòmasyon, ki te rann posib akoz, an pati, de enfliyans tiboujwazi entelektyèl Pòtoprens la genyen sou intelligentsia (oubyen entelijensya) parizyen an.

Lè m konsidere l nan tout limenm, repons pèp etazinyen an anvè trajedi tranblemanntè ki frape Ayiti 12 janvye 2010 la, te fòmidab. Mwen te byen touche wè m temwen de yon si grann solidarite pèp etazinyen an avèk pèp ayisyen an, pouki yo te santi yon senpati pwofon e sensè. Reflèks enperyalis dirijan etazinyen yo erezman pat abime bòn dispozisyon sa a.

Zèv sila a se kado mwen pou lanmou difisil sa yo, rekòlt twa dekad emosyon ak refleksyon pandan m’ap viv nan sen Etazini. Nan yon sans, yo se tras pasaj mwen sou tè sa yo—Ayiti, Lafrans, Etazini—, patrimwàn ekzistans mwen nan lekzil, souvnans k’ap siviv evanesans mwen, lè m vin tounen sann.

Mwen ekri liv la an twa lang paske mwen vle adrese m alafwa a twa gwoup lengwistik anmenm tan, pandan m’a kenbe yon parite, yon rapò egal-ego, ant lang fransè, anglè e ayisyen, ke m konnen toulètwa e nan yo mwen ekri depi koulyea yon ka syèk. Tankou mwen fè nan jounal Tanbou, mwen kenbe defi pou m montre fòs lang kreyòl ayisyen an nan otonomi pwòp karaktè pa li, nan yon relasyon egalego avèk lang dominan yo, nan ka sa a fransè e anglè. Mwen espere trè fèmman ke yon jou, an 2011 oubyen an 2091, lang kreyòl natifnatal ayisyen an ap vin rekonèt e itilize kou lang nasyonal, avèk dimansyon inivèsèl, ke li ye a.

Finalman, Poetica Agwe anbisyonne pou l reafime nosyon ke nou tout se konpayon ak konpayèl nan avanti lavi, ke nou pa lennmi natirèl youn kont lòt, men, okontrè, nou se alye destine lye, youn avèk lòt, nan gran pwojè reyalizasyon yon sistèm jistis inivèsèl, k’ap defann dwa tout moun e chak moun, yon sistèm ki ap prezève entegrite kalite yon anvironnman ekolojik sen e vivab, ki libere de ekzijans pwofitis, mèkantilis antrepriz kapitalis yo. Poetica Agwe se alafwa yon kri ki sot nan kè, yon refleksyon kritik sou sa nou ye e sou aksyon èt imen, e yon apèl pou chanje lavi.

—Tontongi janvye 2011

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