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Je veux mourir au fond d’une jupe

(Discours humoristique prononcé au concours du secteur 27 (Toastmasters International), le samedi 10 septembre 2016)

—par Jean Saint-Vil

J’ai des relations charnelles avec toutes les jupes. Je connais tant de jupes en chair et en os. Des jupes étroites aux jupes en éventail en passant par les jupes qui ne se ferment pas. Je connais tant de jupes sur le bout de mes doigts. Chaque jupe que j’ai connue a été une leçon pour moi. Chaque jupe que j’ai connue m’a laissé tant de souvenirs. Chaque jupe que j’ai connue est une raison de mort pour le grand bon vivant que jamais je ne cesserai d’être.

Je ne peux un seul instant me passer d’une jupe, que ce soit du désir, que ce soit du regard, ou encore du toucher. Une jupe, c’est pour moi plus qu’une île au trésor, que ce soit dans la rue, que ce soit au travail, que ce soit au marché, ou encore à l’église, et aussi à l’école quand j’étais tout petit. Moi, j’ai tant abusé de ce qu’on tire des jupes que je veux en mourir sans le moindre chagrin. Mon souhait est de mourir au profond d’une jupe.

J’aime tant les jupes

J’aime tant les jupes. Dans tous les sens Sous tous les angles. Dans tous les lits. Et à tous les étages. J’aime tant les jupes, quel que soit le milieu : sur terre, sur mer et même dans les airs, comme les oiseaux qui volent. Toute ma vie est une histoire de jupes, d’odeurs de jupes, de goûts de jupes et de couleurs de jupes. Vous comprendrez donc comment, pourquoi je suis sans cesse au service des jupes, sans rien en attendre ni à l’aller ni au retour.

J’aime tant les jupes et celles qui les portent, les contenants et les contenus. J’aime tant les jupes et ce qu’elles charrient dans leurs démarches et leurs appels du pied. J’aime les jupes à en mourir, moi qui me fie à la loi qui dit allègrement et sans un brin de gêne encore moins de pudeur : une jupe de perdue, mille jupes de retrouvées. J’aime les jupes dans leurs cinq dimensions, dans leur longueur, dans leur largeur, dans leur hauteur, leur épaisseur et même leur profondeur.

J’aime les jupes dans leur diversité : de celles qui s’ouvrent avec de beaux croisés de jambes avec en corollaire les sauts dans l’inconnu pour les hommes qui les voient à celles qui se ferment une fois que les creux qu’elles cachent n’annoncent plus les couleurs aux yeux des grands voyeurs. Il y a des jupes tellement affriolantes qu’on peut donner à leurs propriétaires le bon dieu sans confession. Il y a aussi des jupes aux fentes insolentes qui n’ont rien à cacher et qui d’entrée de jeu nous font sauter de joie, comme on saute dans l’orgasme.

Apparemment inoffensives, les jupes ont fait tant de dégâts du pôle nord au pôle sud

Que de gens sont morts, avec ou sans Viagra, plus qu’on ne croit, au service des jupes. Mourir au fond d’une jupe est une belle mort, souvent subite. Mon vœu de mort est très sincère : qu’une jupe me tue. Qu’une jupe me tue, ce sera un crime parfait dont je ne demanderai pas à mes proches de ne chercher à se venger et dont moi, même dans l’au-delà, je ne chercherai point jamais à me venger. Qu’une jupe me tue, c’est le genre de mort dont je rêve sans cesse dans mes cauchemars nocturnes. Qu’une jupe me tue, ce sera une mort à mon honneur, parce que je sais que la vie des hommes n’est autre qu’une affaire de jupes qui ont toujours fait leur bonheur ou parfois leur malheur.

De toute façon, nous savons tous que chacun d’entre nous doit le jour au fond d’une jupe qui, à un moment donné, avait perdu tout son latin. Qu’une jupe me tue, je lui vouerai ma reconnaissance, du fond de ma tombe d’où je lui posterai une flopée d’e-mails et des messages sur les réseaux sociaux pour qu’elle vienne allègrement à mes côtés, histoire de repiquer la joie sublime que sécrètent au compte-gouttes les fonds des jupes qui mouillent.

Conclusion

Pensez aux jupes, à leurs bienfaits tant pour les hommes que pour les femmes qui sont à leur commande. Dévorez les jupes des yeux, de l’esprit et du toucher. Les jupes sont les plus beaux spectacles que le génie des hommes nous a dédiés parce que pour les faire s’envoler, il n’y a toujours qu’un petit pas. Si les jupes n’existaient pas, les hommes les plus coureurs les auraient inventées. Aimez les jupes plus que vous ne le faisiez jusque-là. Dites-vous ceci : Si Dieu avait inventé la jupe dès le paradis terrestre, Adam ne passerait son temps qu’à regarder Ève dans les yeux. Et nous les humains, nous ne serions point sur cette Terre, pour peupler, croître et multiplier.

—par Jean Saint-Vil le 10 septembre 2016

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