Aller au sommaire de ce numéro de Tanbou/Tambour, été 2015

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La fin de l’économie haïtienne :

Approche d’un système économique par la méthode de l’Indice de complexité économique (ICE)

—Par Jean Saint-Vil, géographe

Les divers indicateurs appliqués jusque-là à l’étude de l’économie haïtienne ont tous souligné la faiblesse de son économie que ce soit en termes de volume des investissements attirés par le pays, de la capacité à rendre le cadre des affaires plus fonctionnel ou encore de son taux de croissance annuelle.

Ainsi, pour ce qui concerne la situation du cadre des affaires, Haïti figurait en 2013, d’après le rapport Doing Business de la Banque mondiale, à la 180e position sur 189 pays considérés, voyant sa position se dégrader régulièrement au cours des dix dernières années.

En termes de taux de croissance, Haïti n’avait pas fait mieux que 2,8% en 2014 contre 4% en 2013 alors que la République dominicaine avait caracolé en tête pour la Caraïbe avec plus de 5%. Notre propos dans cet article est d’analyser l’économie haïtienne sous l’angle d’un indicateur économique assez nouveau : l’indice de complexité économique (ou ICE) qui a été développé par deux auteurs américains : César Hidalgo du MIT et Ricardo Hausmann de la Kennedy School de l’Université de Harvard.

L’ICE apparaît non seulement comme une mesure descriptive, mais aussi comme un outil de prévision de la croissance économique qui reflète le niveau des connaissances mobilisées dans un système économique. Il serait un indicateur plus précis de croissance du PIB par habitant que les mesures traditionnelles de gouvernance, de compétitivité et du capital humain.

L’indice de complexité économique

Si l’objectif de cet indice est d’expliquer un système économique dans son ensemble plutôt que la somme de ses parties, il cherche à expliquer les connaissances accumulées dans la population d’un pays et qui s’expriment dans la composition industrielle de ce pays en combinant les mesures de la diversité des pays et l’omniprésence ou l’ubiquité des produits pour créer des mesures de la complexité relative des exportations du pays considéré.

L’ICE englobe des informations sur la diversité des pays et sur l’omniprésence des produits ainsi que sur la diversité de leurs exportations et leur sophistication. Ainsi, le Japon, l’Allemagne et les États-Unis apparaissent comme des économies diversifiées et sophistiquées, exportant de nombreux biens de haute ECI qui sont aussi des biens de faible ubiquité. À l’opposé, l’Angola, la Zambie et Haïti sont des pays à faible ECI qui n’exportent que des produits à forte ubiquité sans que leur économie soit très diversifiée, ce qui indique que ce sont des pays à faible diversité économique et que leurs produits d’exportation ne sont pas très sophistiqués.

Les biens à haute ECI sont des produits issus de l’industrie chimique et mécanique des pays avancés et qui requièrent un niveau sophistiqué de connaissances tandis que les biens à faible ECI proviennent de pays qui se limitent à l’extraction de matières premières et à l’agriculture qui requièrent un faible niveau de connaissances.

Avec un PIB de 641 dollars en 2012 contre 3 801 pour la République dominicaine, Haïti se trouvait d’après « The atlas of economic complexity, mapping paths to prosperity de Hausmann, Hidalgo et al. » la même année au 123e rang dans le classement en termes de complexité économique mondiale pour un indice de -1.04 contre 1,55 pour les États-Unis (12e rang) ; 2,23 pour le Japon (1er rang) ; 2,00 pour la Suisse (2e rang) ; 1,89 pour l’Allemagne (3e rang) ; -0,02 pour la République dominicaine (70e rang).

La situation critique de l’économie haïtienne

L’économie haïtienne se trouve actuellement dans une situation très critique avec une balance commerciale accusant un déficit astronomique : 2,4 milliards de dollars en 2013, soit 29% du PIB et un recul accéléré de la monnaie nationale qui a perdu plus de 7% de sa valeur en l’année 2014, passant de 44,15 en janvier 2014 à 47 gourdes pour un dollar au mois de décembre.

Les exportations du pays—très modestes en termes de diversité se concentrant sur le textile à 87%, des déchets de fer (4,31%), les produits agricoles (7% environ dont 0,9% pour le cacao et 0,4% pour le café)—sont à un très bas niveau : 800 millions de dollars en 2013 contre 9.6 milliards de dollars pour la République dominicaine alors que les importations s’élèvent à environ 3,2 milliards de dollars contre 16,5 milliards pour la République dominicaine.

Tous les secteurs de l’économie sont au rouge, de son agriculture en voie de disparition—qui a fait l’histoire économique du pays—au secteur industriel qui est essentiellement tourné vers la sous-traitance et dont les aires aménagées s’étendent sur environ moins de 500 hectares.

De nos jours, l’économie haïtienne dépend essentiellement de l’aide de la diaspora dont le montant s’était élevé à 2,29 milliards de dollars en 2012, selon la Banque Mondiale, soit 31% du PIB—et de l’aide internationale qui ne dépassait pas 1,275 milliards de dollars en 2012, soit 16% du PIB. Ces deux formes d’aide qui représentent presque la moitié du PIB du pays soulignent sa grande dépendance envers l’étranger ainsi que notre vulnérabilité économique.

Tout ceci confirme que Haïti a cessé d’être un pays à économie agricole sans être un pays industriel ni un pays d’activités économiques à vocation tertiaire. En conséquence, il faudrait orienter le pays vers un ensemble d’activités plus complexes et plus diversifiées pour compenser sa dépendance très fragile envers le textile (740 millions de dollars sur un total de 800 millions pour les exportations en 2013) et acquérir en même temps un minimum d’autonomie ou d’indépendance économique.

—Jean Saint-Vil

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