Aller au sommaire de ce numéro de Tanbou/Tambour, Automne 2012–Hiver 2013

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Poèmes en Français

Poèmes de Bobby Paul

Mai en larmes

oh ! ma tendre bien-aimée
déjà nous sommes en mai,
du ciel nous arrivent les larmes
qui pour le poète est un charme
car dans les rigoles chante l’eau
qui toujours inspire le renouveau

soyons de plus en plus satisfaits
de tous nos fous désirs imparfaits,
car, un jour termineront les saisons
et de nous le temps aura raison.
mais crois-moi, la vie sera toujours belle
même en demi-teintes comme une aquarelle.

(2012)

Surate

la tour de Babel demeure légendaire
les pyramides ont perdu à jamais
l’envie de dicter aux pèlerins curieux
le comment de leur silhouette noire,
auguste, mystérieuse et séculaire.

heureux demeureront ceux-là
qui dans la lumière du temps
ont pu traduire verbatim ac litterarim
tous leurs maux en mots limpides.

(2012)

À genoux

nous ne t’avons jamais saluée
ô tendre marie pleine de grâce
nous ne t’avons jamais rencontrée
ni dans les rues ni sur les places

mais dans un coin sûr de l’église
cachée à mille lieux des crises.
là tu tiens, éloigné des embarras,
ton enfant bien serré dans tes bras

nous, nous n’avons plus rien à nourrir
les nôtres qui pleurent à en mourir.
ils avaient bien appris tant de mots
qui n’apaisent jamais tous leurs maux

ils les ont oubliés autant que les je crois
que récitent tant de benêts sous la croix.
héritiers de la Passion que sa tristesse
ils l’étalent vivante dans leur détresse

(2012)

In memoriam

ce matin ordinaire
dans la rubrique
des chiens écrasés
du miroir brumeux
s’interrogent pensifs
le silence
la violence
les péripéties
des années
de la démence
des pour qui
des pourquoi
de la pitié
sans pardon
des jets de sang
giclant drus
contre le palimpseste
de l’impunité exemplaire
des sourires froids
en bleu denim
et lunettes noires
dans les halls muets
les couloirs taciturnes
et les chambres sourdes
des émois obscurcis

et dans les yeux
des âmes errantes
de la mémoire défunte
RIP
Fort-Dimanche

Billet doux

cette lettre
que je t’écris
avec mes yeux
de craie
sur un pan
de ciel noir
est un pont jeté
entre nos joies
obscurcies
par la distance
sur lequel
passent
et repassent
le soleil le jour
la lune la nuit
aussi bien que
des hirondelles
des abeilles
des pèlerins
et des mots
ivres d’amour

encore prisonnier
de ton absence si lourde
hier soir dans un rêve d’oiseau
parcourant le ciel si vaste
j’ai vu dans le vent solaire
deux étoiles qui s’embrassent
oh comme c’est beau !
libres, elles nous ressemblent.

(2012)

Renaissance

au coeur
de la morbide poésie
de politicaillerie
sans foi ni loi :
le Verbe doux de l’ex apprenti meurtrier

pour inonder les quartiers interlopes de sueur rougie
les villes sourdes mais moins aveugles ces temps-ci
orchestrent au détriment de la matière grise
le cri défavorable aux besoins de la majorité abêtie:
disons haut voici le malheur du quotidien zombifié

les murs exhibent on ne peut plus signifiant
la douleur en cavale des roches au soleil
soi-disant certains galets se la coulent douce
fraiche et calme au sein de la source rose
l’impudeur verte des portefeuilles obèses git

voici à nouveau l’odeur des colliers de la mort
enflammés placés au cou des carrefours agueurris
la terrosisation dicte le va-et-vient des pas soumis
le conditionnement se débride encore violemment
la peur dans l’ombre est d’autant plus systématique

aux intérêts mal partagés
du vocabulaire conflictuel flambant neuf
l’ajout des mots pur-sangs et racés est flagrant
le chaos s’en sert pour renforcer l’amadouage
entre requins blancs et dinosaures noirs

les mains de l’invisible têtu dissimulent dans l’inquiétude
derrière les lourds rideaux du silence la foi des pèlerins
et subtilement la dague du samouraï vaincu s’enfonce
au fond du coeur des moeurs machaviéliques en vigueur
et Haïti est adroitement debout contre toute dépendance maquillée

(2012)

—Bobby Paul

Poèmes de Jean Saint-Vil

Que les prières sont lourdes !

Je plie, je ne romps pas,
Sous le poids des prières,
À Dieu et à ses saints,
À genoux ou debout,
De la tête aux pieds nus,

Égrenant des rosaires
Et demandant pardon
Pour les péchés des autres.
Que les prières sont lourdes,
Comme les bibles et les missels
Des grand-messes du dimanche
Où j’appelle de mes vœux,
Toutes les bénédictions
Pour la Terre qui souffre tant,
Des séismes aux tempêtes !
Je ne veux point qu’on m’enterre,
Sous le poids des prières
Qui pèsent des atmosphères,
Car la Terre me rebute,
Pour tout ce qui s’y passe,
Pour tout ce qui s’y trame.
Je veux qu’on m’incinère,
Aussitôt que je rendrai l’âme,
Sans larmes et sans prière,
Dans la joie du départ !

Rêver de femme

Rêver de femme,
De rouge à lèvres,
De mont de Vénus,
Pour s’en aller
Au haut des cieux,
Par l’ascenseur
À grande vitesse,
Qui ne s’arrête
Qu’au dernier étage,
Au toit du monde.

Rêver de femme,
De face cachée
Des choses à prendre
Dans des étreintes,
Du bout des lèvres
Ou de la langue
Pour exploser
Comme une bombe
Dans le souffle
D’un grand plaisir.

L’amour est un fruit mûr

L’amour est un fruit mûr
De l’arbre dont il tient
Le bon bout de la raison
De vivre ou de mourir.

L’amour est un fruit mûr
Pur sucre qui fond aux lèvres,
Et qui tombe dans les bras,
Sous le poids des étreintes.

L’amour est un fruit mûr
Qui pousse ses tentacules,
Jusqu’au bord des plaisirs
Overdoses de bonheur.

Amène-moi au bout du monde

Là où les corps, à ciel ouvert,
S’ouvrent à l’amour, en éventail,
Là où les fins font des malheurs
Qui prennent le pas sur ce qui précède,
Là où les cieux touchent les terres
Aux cœurs des points de non-retour
Où les amours battent leur plein
Dans les points chauds qui baignent dans l’huile.

Amène-moi au bout du monde,
Là où les mers encerclent les pôles
Où se confondent ombres et lumières
Comme les mythes qui nous formatent
À pile ou face, dans tous les sens,
Là où les montres perdent leurs aiguilles
Comme les mélèzes qui se dénudent
En plein hiver pour que débourrent leurs bourgeons
Dans l’embellie des beaux printemps.

Laisse-moi planer

Laisse-moi planer
Comme l’ombre d’un doute
Qui gagne l’esprit
Et qui s’égare
Dans les nuages
Des illusions
D’une vie meilleure.

Laisse-moi planer
Dans mes erreurs
Comme une lumière
Aux yeux qui pleurent
En gouttes opaques,
Leurs malheurs
À la queue leu leu.

Laisse-moi planer

Dans le vertige
De mon surplace
Tandis que d’autres,
Allègrement,
Franchissent les haies
De l’évidence.

Le baiser est refrain de l’amour

Le baiser est refrain de l’amour,
Qui revient chaque fois
Comme une pause soudaine,
Pour créer la surprise.

Le baiser est refrain de l’amour,
Qui retombe quelque part
Par hasard, sur la piste des lèvres
Pour un nouveau départ.

Le baiser est refrain de l’amour,
Qui chante à capella des chansons
Qui résonnent dans l’âme,
Comme des cris de silence.

L’arbre d’amour

En matière d’amour,
Il y a toujours un arbre
Qui cache la forêt,
Avec son angle mort,
Sa ramure de géant,
L’arbre des illusions,
Dont les feuilles repoussent,
Comme chez les enfants,
Avec leurs dents de lait,
Et qui laisse des plumes
Qui s’ébrouent à ses pieds,
Comme les ailes d’oiseaux,
Dans le vent des humeurs.

Des larmes aux yeux

Il est des larmes aux yeux qui coulent
Comme des caprices au ton très haut,
Sans sourciller et qui annoncent
Les couleurs d’une saute d’humeur.

Il est des larmes aux yeux qui coulent,
Si abondantes qu’elles montent à tort
Et à travers comme des torrents
Qui font le plein de leurs lits majeurs.

Il est des larmes aux yeux qui coulent,
Tellement salées qu’on les croirait
Venues du cœur qui ne pardonne pas
Des profondeurs de l’océan.

Il est des larmes aux yeux qui coulent,
Et si amères comme la bile
Qui éclabousse de long en large
Dans son osmose jusqu’au lointain.

Le rêve est le réel

Le rêve est le réel
Quand il perd les pédales
Dans son jeu d’équilibre.

Le rêve est le réel
Qui appelle au secours
Dans sa fuite en avant.

Le rêve est le réel
Qui cherche un point de chute
Dans les ombres de la nuit.

—Jean Saint-Vil

Poèmes de Lenous Suprice

Poètes en récital

Durant dix heures ou même un peu plus
le fleuve s’imbibe de la poésie ambiante
devient plus ample
plus net
multiplié par trois-amies-rivières.

Quelques commensaux à la joie s’animent
devant une minestrone alla contadina
forment un ensemble semi-clandestin
en plein cœur d’un voyage sans surprise
de Montréal à cette autre ville plus intense
qu’une festivalière en désir.

Pour toute soif à dévêtir
il y avait seulement quelques lueurs d’une boisson d’évasion
autour d’une benjamine musique
et son fa mille fois repris en crescendo
par un assez grand pan d’accueillants festivaliers
baie ouverte restés aux vers tendus hameçons
de ces voix chassant de haut que sont des poètes en récital.

Blues d’octobre

Une belle de Séville
taxi-girl de renom
à l’apogée de son art
se faisait virtuose à ton harmonica de blues
avant les déplaisirs.

D’elle tu as hérité la dose
au quotidien à avaler
pour amoindrir les assauts des embruns.

Deux de ses gazelles s’insinuaient neuves
dans tes mains silencieuses.

Tu aimais bien les yeux de ses lampes
quand tous tes papillons sans détour
avaient plus ou moins choix
dans leurs sauts d’ivresse auprès d’elles.

Sa danseuse s’anime sous tes paupières
et tu la sens
moins tu l’aspires
et tu l’entends
plus t’as du mal à l’apercevoir
scapulaire fou à ton cou défendant
dans l’embrasure d’un feu de tourments.

Tu es encore
aux premières lueurs du silence
dans le chapelet d’un manque
toi qui dois apprendre à bien lire tout le courant
d’une écriture qui va de son prénom-souvenir
à une silhouette tout à fait disjonctée.

Avec elle et sa suite

Tu étends les fenêtres de tes avenues à une rose
montagne des alentours
chanson aussi le plus souvent s’ouvrant
sur l’envolée de quelques cubaines oiselles
dans la voix de Yolanda en sa nuisette.

Lis bien l’alibi qu’elle te présente
à l’appel du pied de la lenteur
au renversement d’un certain pouvoir d’attraction…

Un piano
tout bas
pleure l’enfance et ses jouets des désaccords
dans ton carré d’heures autour d’elle.

Ivre comme ailes d’un oiseau-tonnerre en altitude
barque folle elle demeure
à chaque plan d’eau de ta péninsule.

Elle est souvent un peu proche de la chanson des orages.

Tu as mis la main sur son vent-rebelle-montgolfière
imprévisiblement
à la fin d’un tour de ville avec elle et sa suite.

Déjà un autre marais
en jour pluvieux cette fois
était à ses pieds
inévitable issue la concernant
aux dires de quelques colporteuses
ouvreuses de portes se croient-elles toutes
à l’écluse du salut.

Encore elle navigue
à travers les rapides de l’instant
avec un bleu cours d’eau sur les épaules.

Il y aura toujours
en même temps
deux ou trois ormes gaillards en son champ
immanquablement…

Que le courant jette ta mer dans la dérive
as-tu eu le temps de lui dire
au bord d’un dérapage
désobligeants propos
proteste-t-elle
à son précieux poste de chantage.

Mais vous qui êtes là à vos observatoires
vous
voyants voyeurs ou quoi encore…
entendez-vous les cliquetis de leurs nuisances qui s’entrechoquent
dans la valse des tourments ?

Satire sur toi

À bout portant
quelques langues se délient
soi-disant pour te protéger contre tes mêmes démons
près de qui tu sembles vouloir encore t’inscrire
singe-apprenti au milieu des grimaces du portrait.

Ton ex-belle Gitane
rendue mégot au bout des doigts de quelques passants
a tout l’air de fausser la chanson du bonheur…

Elle prétend avoir changé
de plus ou moins pire à une tout autre
sans même se convaincre elle-même.

Téléphone intelligent entre les mains d’idiots successifs
sa tendresse se répand
déconfiture sur leur peau
malentendu malentendant
au plus creux de leur surdité.

Ton ex-belle Gitane
en tout lieu
plus que jamais se fait bête
au fin fond de ses lubies.

Elle est un fado
assez tard joué dans ta maison près du port
bien loin des ballades d’autrefois
nettement plus proche des rots de ses anciens marins
de ses pas lointains geôliers qui la poursuivaient.

—Lenous Suprice

Poèmes de Edner Saint-Amour

Destination Sagesse

Parce que nous voulons mal
Notre action devient fatale
Parce que nous agissons mal
Notre être subit le coup fatal

Parce que nous demandons mal
Nous obtenons le fatal
Parce que notre dessein est mal
Notre parcours ou chemin est fatal

Il existe des hommes qui obtiennent du poison
Croyant faussement avoir demandé du poisson
La cause est que sa demande a été mal formulée
Et c’est la débâcle du malheur sur la destinée

Un homme réclamait de la liberté absolue
Dans le but de jouir des droits absolus
Sa demande est une destructive absence
De nature propre à ruine l’humaine existence

Il faut l’abolition totale ou absolue de l’oppression
Qui maintient l’existence dans la détention de la répression
Dans l’optique louable d’un système de droits pondérés
Qui empêche de sombrer dans les dérives de la liberté

Une liberté absolue s’acquiert par des droits absolus
Qui érigent les volontés souveraines en dictatures dévolues
Qui incarnent l’extorsion, l’oppression ou la répression
Fruit du droit absolu qui incarne l’excès ou l’obsession

La liberté comme le droit est régie dans la balance de la pondération
Il ne faut en toute circonstance nulle oppression, nulle obsession
Des inclinations, des tendances folles qui amènent à la ruine
Hélas ! Sagesse n’est pas humaine ! Folie est humaine cette vermine !

Souvent notre rêve s’accompagne de l’excès qui demain nous détruira
Où seule la sagesse a la vertu d’empêcher le cauchemar ou le choléra
Dans l’actualisation du rêve, l’excès porte le visage de la folie
Hélas ! En mangeant notre copieux repas nous consommons le trépas

De la rencontre ou l’union du sperme et de l’ovule par le jeu de l’amour
La fécondation de l’œuf transformé en fœtus et en bébé au fil des jours
La genèse d’une vie biologique au sein de l’utérus du ventre de la mère
Après neuf mois la naissance d’un bébé venu au monde humain sur la terre

Aussitôt venu au monde s’amorce le processus d’une seconde vie
La nécessité de la subsistance matérielle qui assure la survie
En effet, pour rester dans le train quotidien de l’existence
Le ventre doit communiquer avec la matière pour la subsistance

Dans le jeu des besoins et de la consommation qui les satisfont
S’établit entre ventre et matière un marché, entre intérieur et extérieur sert de pont
Un marché qui commence avec l’individu pour s’étendre à toutes les nations
Nourriture, affaire, économie, capitaliste ou socialiste ayant tous les noms

Dans la transcendance la vie biologie par Amour est ÊTRE
Dans l’immanence la survie matérielle par subsistance est AVOIR
Dans cette double vie se joue tout le destin des hommes de l’humanité
Dans ses jours malheurs ou de bonheurs selon le sens de la sagesse cultivée

La grande question existentielle actuelle concerne l’harmonie entre Être et Avoir
Un rapport souvent victime de la folie humaine dans la quête du pouvoir
Ou par la discrimination du rapport en privilégiant l’un au détriment de l’autre
Où la destruction ou la ruine a toujours su avoir ses fidèles adeptes ou apôtres

À l’ère postmoderne du capitalisme où l’Avoir, l’argent devient dieu ou roi
Et l’Être devient prisonnier, esclave toujours aux abois du désarroi
La grande question existentielle actuelle émergeant sur la surface du tapis
Est-ce normal que l’Être soit esclave ou serviteur de l’Avoir causant le dépit

Manger par excès, c’est la maladie, boulimie, obésité, mauvaise digestion, la mort
Manger en insuffisance c’est la maladie, anorexie, anémie, malnutrition, la mort
L’excès de l’économie industrielle entraîne la pollution de l’air, donc destruction
La garantie de la vie c’est la sagesse, la balance, l’équilibre, modération pondération

Dans tout idéal de perfection se cache toujours un monstre destructeur
Le parfait devient raison absolue, pour devenir loi absolue et se convertir dictateur
Implacablement il impose son dictat à tout le monde lui devant obéissance absolue
C’est le modèle parfait, plus de rêve, plus d’invention, de concurrence, volonté déchue

L’homme qui n’a pas de rêve s’embarque dans le rêve des autres humains
En obligeant d’obéir aux lois imposées par le rêveur maître de tout destin
Comme la perfection comme modèle absolu viendrait de la tête d’un rêveur
Tous les hommes seraient obligés de se soumettre aux oukases du dictateur.

(6 novembre 2009)

Idolâtrie

Tout le drame humain enregistré au cours de l’existence
Commence souvent après la naissance au cours de l’enfance
Le bébé innocent d’aujourd’hui sera le savant de demain
Mais ce transfert de statut se fait par l’éducation qui l’entretient

Dans son mandat d’éducation, le parent peut parfois se tromper
Au lieu d’éduquer, il dresse l’enfant comme un animal domestiqué
Au lieu de l’apprendre à être heureux, être lumière dans la liberté
On l’apprend la coutume de rester tranquille au poteau qu’on l’a fixé

Au lieu d’avoir un être libre, on produit un esclave d’un maître souverain
Auquel il doit obéissance absolue qui freine la croissance de l’esprit soumis au destin
Un zombie, une machine sans frein sans lumière sans volant pour le guider
Pouvant s’accidenter à tout carrefour car l’obéissance absolue entraîne la cécité

La relation Dieu-Homme est un rapport d’obéissance et de connaissance
Mais le religieux discrimine ce double rapport de l’humaine existence
En privilégiant l’obéissance sur la connaissance au détriment de l’intelligence
Adam, innocent était bon mais devenu pécheur en mangeant au fruit de la connaissance

L’innocence liée à l’obéissance est adorée, perçue comme la clé de la porte du paradis
La connaissance est suspecte, le lieu par excellence où Satan a établi son diabolique logis
Selon le mythe religieux l’obéissance qui nous rend esclave nous rend digne du Dieu céleste
La connaissance qui nous rend semblable à Dieu nous écarte du père créateur éternel

Le choix religieux est donc fait d’avance ! Pas de complicité risquée avec Satan le diable
L’intelligence nous égare ! L’obéissance nous rassure de sagesse, de l’adorable au pardonnable
Ainsi l’éducation devient l’art sacré de l’obéissance, apprendre à vivre son éternelle innocence
Toujours de la punition en cas de désobéissance, à l’occasion quelque pardon des offenses

Un rapport d’émotion où l’enfant apprend seulement à obéir par la peur de la douleur
Au lieu de souffrir mieux vaut se conformer aux normes, seul moyen de goûter au bonheur
L’enfant vit dans la caverne de l’émotion sans communication de l’esprit avec le parent
Au lieu d’un être débout qui bouge, on a un être à genou au sol malgré l’ouragan

L’esprit qui nous rend image de Dieu est boudé dans le prétexte du refus au péché
L’émotion qui sent sans voir est privilégiée comme un objet de culte entièrement adoré
Quitte à devenir narcissique où l’adore son propre sentiment plutôt que le créateur Dieu
Où notre fantasme intérieur a plus de poids que le nom divin qu’on répète en notre aveu

Quand on émet ou délibère une parole, un aveu
Parfois cela fait des malheureux ou des malheureux
L’émotionnel cherche ce qui caresse ou flatte ses émotions
Pour établir son culte d’adhésion, d’admiration ou d’adoration

Si l’aveu est général selon une approche ou démarche critique
Cet aveu devient suspect, l’émotionnel susceptible comme hystérique
Il veut savoir s’il est pointé du doigt s’il est accusé, s’il est attaqué ou menacé
Car il a peur par l’aveu professé qu’on entend ou qu’on vient l’agresser

Alors l’émotionnel devient agressif et commence à poser de question
Dans la seule optique de déceler la vraie nature de l’aveu ou de l’intention
Si l’émetteur est sincère, méchant ou bon, si son âme est bienveillante ou bonne
Un véritable procès d’intention dans le but de découvrir et définir la personne

Ainsi l’aveu atteint l’émotionnel dans le moi profond, son suprême ego
Alors que l’approche de nature critique de l’aveu ne vise que le logos
Parce qu’il concerne la réalité à travers une série de choses ou de faits
Dont on peut se rendre compte que par analyse objectif ou un constat parfait

L’émotionnel se trompe de cible, s’égare complètement sans son procès
Car l’émetteur critique professe sans intention un aveu argumenté par des faits
La vérité n’existe pas ni dans la tête, ni dans l’esprit, ni dans l’intention
Mais à travers les faits à constater dans la réalité de l’extérieur par observation

Si le juge cherche une intention pour délibérer un verdict
Le scientifique observe les faits pour énoncer une critique
Le juge par le verdict vise la délibération ou la condamnation de l’accusé
Le scientifique par la critique vise une mise en lumière d’un phénomène observé

Malheureusement il existe des gens qui ne veulent ni voir ni comprendre si saisir
Ils veulent uniquement sentir et réagir dans l’ordre du plaisir ou du déplaisir
L’Émotionnel sacrifie la compréhension au profit de l’adoration de l’émotion
En prenant pour son grand dieu adoré son éternel procès d’intention

Malheureusement les idéalistes recherchent la vérité à travers la tête et la parole
Au même titre qu’ils cherchent du sens ou de signification à travers un symbole
Ils vivent en haut dans les airs à travers les nuages dans un monde abstrait figé
Déconnecté des faits de la réalité, le lieu de la preuve des aveux, de la vérité

Comme il proclame la primauté de la parole sur le fait ou sur la chose
Il adore le mensonge, se console de l’erreur, l’absence le jette dans l’hypnose
Par le jeu du faux qui indispose il devient le champion de l’arbitraire un dictateur
Dont le masque est si solidement attaché que rien ne peut changer visage et couleur

De même que l’esprit humain existe parce que le corps l’héberge
La parole existe parce qu’il existe des objets concrets qu’elle renferme
Quand on prouve les idées par les idées avec crédibilité en toute caution
On est réduit comme l’enfant qui répète un mot sans en connaître la signification

Quand on prouve la parole par la parole avec crédibilité en toute caution
On est comme l’œil qui voit une cible mais sans connaître l’objet en question
Un simple concours d’images mentales sans référence aux objets concernés
Une sorte d’idolâtrie par vénération ou la contemplation de photos adorées

Un amour fétiche comblé par la photo de la personne réelle convoitée
Sans avoir le courage de la draguer, la courtiser et réaliser son rêve projeté
Un maniaque qui vit dans la limite et la sphère exclusives du fantasme
Sorte de masturbation cérébrale où le fétiche garantit seul l’orgasme

Sans acception ni exception tous sont de la même nature
Les grands logiciens fanatiques de la raison ou de la logique pure
L’intellectuel dont le livre et la bibliothèque servent de laboratoire d’observation
Le religieux dont le dogme et la parole sont une vérité absolue et de prédilection

La tête sert à sécréter des idées pour nommer et saisir les choses de la réalité
Mais la tête de certains sert à sécréter des idées, à les moudre sous forme de pensée
De la parole pure, un monde abstrait et figé devenant tout un monde adoré
Un manique des idées, un fou en plein délire où la parole devient obsession

Entre l’idolâtrie et le mythomane il existe tout un monde de différence
Le mythomane crée des mythes pour plaire et distraire sans solliciter la croyance
L’idolâtre vit le mythe comme une matière de foi, de contemplation, d’adoration
Le mythomane ne croit point dans sa propre fabulation mais l’idolâtre croit dans la fiction

Des prouesses, voltiges acrobaties digne d’un magicien suspendu dans les airs
Qu’aucun homme normal ou ordinaire n’arrivera à faire sur la terre
Car le fantasme du désir du magicien est plus puissant que la réalité
Car l’impossible n’est pas magique avec la puissance absolue de la volonté

Napoléon forçait ses soldats au prix des morts à trouver d’un obstacle un accès
En alléguant haut et fort à son armée fidèle que l’impossible n’est pas français
20 hommes se plaignaient de ne pas pouvoir porter une gigantesque pièce de canon
Henri Christophe fusilla 10 en forçant les 10 autres à porter la pièce à destination

Des histoires fascinantes à distraire, détendre l’esprit de l’enfant curieux
Comme le religieux au contact d’un symbole en quête du mystérieux
La curiosité de l’homme normal le pousse à chercher du mystérieux la clé
Pour le religieux la curiosité punit, c’est l’ignorance de la clé qui l’a fasciné

The American Falls gush over limestone cliffs, Niagara Falls, Ontario.
Les chutes du Niagara—spectaculaires, peu importe comment vous les regardez. —photo par David Henry

Celui qui croit dans l’impossible, croit dans le néant, dans l’absence ou la mort
Est-ce raisonnable qu’un homme normal confie son destin à la fatalité du sort
Dans le prétexte d’éternité on croit dans l’au-delà, en dehors de l’espace-temps
Est-ce raisonnable de croire dans l’absence, le rien, le vide, la mort, le néant

Autant de choses qui nous portent à réfléchir sur le sens de l’existence
Auquel nous n’avons ni clé ni réponse, division dans la saisie de notre essence
Certains croient dans la présence en niant l’absence car l’immédiat étant lui est donné
D’autres croient dans l’absence en boudant la présence, ce qui compte c’est l’éternité

Nier l’éternité c’est nier le futur, une attitude imprudente entièrement effrontée
Nier l’immédiat c’est nier le présent, nier la survie aussi une attitude effrontée
Solution à cette énigme de l’existence réside dans la modération dans la sagesse
Un principe d’équilibre qui s’abstient de l’insuffisance et de l’excès, balance de la vitesse

Là réside la grande énigme, le grand dilemme qui constitue le drame humain
Excès tue, insuffisance tue, modération, harmonie avec la nature et le divin
Mais le péché capital de l’oppression et de l’obsession entraîne à la démesure
Où défaut et excès vécus comme une fatalité conduisant dans une folle aventure

Ô Sagesse ! Ô modération ! Ô Balance ! Ô Équilibre ! Résonnez aux cœurs des humains
Pour prouver que c’est la seule garantie de la survie, sécurité qui protège le destin
L’oppression tue la volonté en insuffisance, l’obsession rend folle la volonté, excès destruction
Modération, sagesse, balance, équilibre est le seul chemin qui conduit à la conservation.

(6 novembre 2009)

—Edner SaintAmour

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