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La Hantise de l’an 2004:
Les Lettrés Haïtiens à la Croisée des Chemins

—Prof. Gerdès Fleurant

Q

uand Haïti, après treize ans d’une guerre de libération nationale, proclama son indépendance le 1er Janvier 1804, peu alors furent ceux qui soupçonnèrent que près de 200 ans plus tard, le pays serait dans l’état piteux où il se trouve à présent. Par son geste éloquent, Haïti, l’âme du Pan-africanisme, marqua de façon indélébile sa vocation à la liberté, à l’intégrité culturelle et mentale, et assura d’emblée sa place dans la famille des nations. Le pays prouva au monde entier que la résistance à l’oppression constituait et demeure encore un droit inaliénable de tout être humain. 1804 fut un tournant décisif dans la vie des hommes et des femmes qui croupissaient partout sous le joug de l’esclavage et du colonialisme. Comme l’a dit un écrivain latino-américain du siècle dernier, Haïti fut un phare vers lequel certains regardent en soupirant et d’autres en mugissant. Haïti fut, et demeure encore un défi mondial, ce phare qui, même dans ses déboires de pionnier, continue d’inspirer le monde des opprimés de notre village global.

C’est ce défi qui explique le magnétisme de la terre de Boukman, de Toussaint Louverture, de Dessalines, de Catherine Flon, de Boisrond Tonnère, de Charles et Sanite Belair, de Pétion, et de Christophe, sur l’imagination mondiale. Alors, nous devons nous demander pourquoi les descendants des guerriers de l’épopée de 1804 continuent-ils de se comporter de façon contraire à leur destinée, insconcients de cet héritage, oublieux de leur responsabilité et de leur potentiel de bâtisseurs? Pourquoi nos lettrés se sont-ils laissés aveuglés au point qu’Haïti, aujourd’hui, se trouve à la queue des nations? Pourquoi sommes-nous devenus incapables de nous entendre pour reconstruire notre patrimoine culturel, base véritable de tout développement et de toute prospérité économiques? Pourquoi à quatre ans de 2004 nous, lettrés haïtiens, sommes-nous à la croisée des chemins? Pourquoi l’intelligentsia haïtienne n’arrive-t-elle pas à créer cette formule d’entente, sortie dans la reconnaissance des valeurs du panafricanisme (mouvement de solidarité des peuples noirs à travers le monde) et de l’humanocentrisme (une conception fondée sur la libération socio-politique et spirituelle de l’être humain), pour reconstruire ensemble la nation? Pourquoi devons-nous assister impuissants à la désagrégation de ce pays, si cher à nous tous qui y avons vu le jour, et à tous ceux de l’univers africain, comme d’autres secteurs progressives du monde, qui aspirent à la dignité, la solidarité, et l’intégrité de la personne humaine?

Autant de questions dont les réponses se trouvent tour à tour dans l’oubli de notre histoire aux racines millénaires, de l’apport de notre pays au panafricanisme et aux mouvements d’affirmation culturelle, et dans le maintien d’un système d’éducation inadéquat. Le but de cet article est de passer en revue le rôle d’Haïti dans le contexte du panafricanisme et des mouvements d’affirmation culturelle, de nous rappeler que dans quatre ans nous aurons à célébrer le bicentenaire de notre indépendance, et de nous demander pourquoi ne semblons-nous pas avoir la hantise de l’an 2004?

Haïti, le panafricanisme, et les mouvements d’Affirmation culturelle

La résistance à l’oppression, sous la double forme d’esclavage et de colonialisme de celle-ci, est l’un des dénominateurs communs des peuples des Amériques, que ce soit aux États-Unis où la minorité native et noire est en butte à une discrimination raciale outrancière, ou dans les autres pays de la région où les descendants africains, quoiqu’en majorité, n’arrivent pas à trouver leur place dans ces sociétés. Les mouvements d’affirmation culturelle, qui ont émergé pour défendre le droit des peuples à une existence digne et décente, ont toujours eu Haïti comme point de repère. L’histoire des Amériques retient Haïti en tête de liste comme le pays qui a le plus contribué, par sa générosité et son héroïsme, à la dignité humaine. Aimé Césaire, le grand poète martiniquais qui articula le terme Négritude pour la première fois, avoua que celle-ci prit naissance, avant la lettre, en Haïti. Donc, comprendre le rapport qui existe entre Haïti et les grands courants d’affirmation culturelle aux Amériques et à travers le monde revêt une importance capitale pour tout Haïtien ou Haïtienne soucieux de son identité face à la vague de racisme qui sévit ces jours-ci dans certains milieux du continent.

Il est bon de souligner la dette des mouvements tels que le Harlem Renaissance (1920–1930) aux États-Unis, la Négritude dans les Antilles et l’Afrique (1939–1960), ou Frente Negra au Brésil (1930), envers Haïti dont l’indépendance conquise en 1804 à la suite d’une longue guerre de libération nationale (1791–1803) servit de modèle aux opprimés du globe. Il faut remarquer aussi que bien avant ces mouvements plus récents, Haïti inspira les révoltes de Gabriel Prosser (1800), de Denmark Vesey (1822), et de Nat Turner (1831), toutes dans le Sud des États-Unis alors esclavagiste; ou encore les revendications de David Walker à Cambridge dans le Massachusetts, dont le pamphlet intitulé Appeal (1829) fit termbler le monde colonial, et inspira les discours contestataires des abolitionistes tels Frederick Douglass, William Lloyd Garrison, ou Charles Sumner.

Il faut d’abord remarquer que sous l’impulsion du panafricanisme, les intellectuels africains ou d’appartenance africaine, se sont vite rendu compte de leur communauté d’intérêt dans bien de domaines, et ont décidé de se regrouper dans des mouvements artistiques et littéraires pour pouvoir mieux se défendre contre les attaques des tenants du colonialisme. Séparés par les distances géographiques et linguistiques, ils ont pris le parti de les réduire en établissant des échanges culturels, d’une part en évoquant dans leurs œuvres des scènes folkloriques souchées dans la tradition africaine, et d’autre part en traduisant les œuvres célèbres des uns et des autres aux fins de les vulgariser à travers la région. Dès les années 1920 jusqu’à la fin des années 1940, Harlem, quartier de New York habité par les Noirs, connut une renaissance artistique et littéraire dans la poésie, la littérature, la musique, la danse, et le théâtre, et maints thèmes traités ont eu pour référence Haïti, la mère de la liberté des opprimés de l’Amérique. Gouverneur de la Rosée, roman célèbre de Jacques Roumain et dont le thème principal fut la solidarité humaine face à l’oppression, fut traduit en anglais par deux auteurs célèbres du Harlem Renaissance, Mercer Cook, fils du grand musicien Will Marion Cook, un des premiers à promouvoir le Jazz dans les années 1920 aux États-Unis, et Langston Hughes, peut-être le plus fameux des écrivains de cette époque. Des compositeurs noirs américains, tels que Clarence Cameron White et William Grant Still produisirent des œuvres importantes inspirées d’Haïti. White composa un opéra intitulé Wanga dont le libreto est basé sur le vodou, et Still écrivit Troubled Island qui brossa un tableau éloquent de la guerre de l’indépendance et de ses héros, en particulier Toussaint Louverture. William Grant Still, le doyen des compositeurs noirs américains, composa aussi un air de concert du titre Héla Grand Père, une adaptation de la «prière djor», ouverture obligatoire dans les cérémonies du rite rada du vodou haïtien. Quand j’avais entendu pour la première fois ce morceau lors d’un concert à l’Université Tufts en 1995, je fus frappé par la fidélité de la composition à la tradition haïtienne. Still était un collègue de Zora Neale Hurston, auteur célèbre du mouvement Harlem Renaissance, qui fit des recherches en Haïti dans les années 1930, et dont le livre bien connu Tell My Horse (1938) présenta un tableau vivifiant du folklore et du vodou haïtiens. Ce fut d’elle, peut-être, que Still apprit ce chant fameux de notre répertoire sacré qu’il a dramatisé et vulgarisé à travers sa composition.

Tous ces artistes et auteurs furent fascinés par l’esprit d’Haïti. Ainsi, si la résistance à l’oppression fut l’un des dénominateurs communs des peuples de couleur de l’Amérique, Haïti fut le phare, en dépit de ses déboires, qui les guida au bon port. À présent que les études afro-américaines se soient établies presque dans toute la région (aux États-Unis, au Canada, en Argentine, au Pérou, au Brésil et à l’Uruguay en particulier), elles suscitent de l’intérêt partout, produisant une explosion d’informations sur le monde noir. Tous les mouvements d’affirmation culturelle, que ce soit la Négritude qui affirme la fierté d’appartenir à la culture africaine, l’Indigénisme qui émergea en Haïti avec Jean Price-Mars en 1928 en tant qu’un retour aux sources africaines, ou le Frente Negra Brasileira, le front noir du Brésil des années 1930, continuent de rendre leurs hommages à Haïti, petite Afrique dans les Amériques, l’alma mater des opprimés de la terre de Caonabo et d’Anacaona. Pourquoi donc, nous autres lettrés d’un pays d’une telle auréole, n’arrivons-nous pas à nous élever à la hauteur de cette espérance mondiale? Quel doit être notre apport à la lutte pour la libération socio-économique, mentale, spirituelle, et totale de nos peuples?

L’éducation haïtienne et l’apport des lettrés

L’expérience a montré que l’oppresseur ne libère jamais de son plein gré l’opprimé. La chanson l’a bien dit, «libète se pran pou n prann». C’est à l’opprimé de prendre en charge le processus de sa libération. Donc, dans le présent contexte international, nous devons nous questionner sur la route à prendre pour nous assurer une existence décente et une ère de dignité. Nous devons d’abord nous demander pourquoi nous contentons-nous de faire partie d’une minorité de 20%? Pourquoi les 80% de la nation continuent t-ils à croupir dans l’analphabétisme, et ce, de façon constante depuis près de 200 ans? Nous devons commencer par comprendre qu’il n’y a pas de gloire quand une minorité triomphe et que la majorité périsse. Quelque grand que soit un Haïtien ou une Haïtienne, quels que soient ses succès à l’étranger—et il y a des compatriotes qui occupent des postes d’envergure à l’étranger—il reste entaché par le drame de son pays. Cela ne veut pas dire que nous devons cesser d’être fiers d’être Haïtiens, au contraire, c’est pour nous tous un rare privilège que de ressortir d’une lignée de héros dont les exploits sont l’objet d’admiration à travers le monde. Mais il est clair que nul d’entre nous peut faire route tout seul, et la responsabilité est à nous de participer au maintien de notre patrimoine culturel, base fondamentale de la réhabilitation de notre pays et de tout développement durable.

Au premier chef, il nous faut reconnaître que nous, lettrés haïtiens, avons une tête bien pleine, mais mal faite. Nous avons reçu une éducation truquée qui nous a affaiblis et que nous continuons à reproduire de génération en génération. De là sortent tous les problèmes de notre vie nationale. Si jamais nous espérons sortir de ce trou où nous sommes, nous devons reprendre en main notre éducation et celle de nos enfants, car c’est à l’opprimé d’endosser la charge de sa propre libération. Nous devons d’abord commencer par nous relier à l’Afrique, à ses valeurs positives, ses dokpwee, ses konbit, son humanisme, et son humanocentrisme. Nous devons chercher avec Price-Mars, Cheikh anta Diop, W.E.B. Dubois, Frederick Douglas, Marcus Garvey, George Padmore et autres panafricanistes plus récents tels que Randall Robinson, Katrerine Dunham, ou David Rudder, la vraie signification de l’Afrique. Il nous faut récupérer nos valeurs ancestrales et affirmer notre identité physique, mentale et spirituelle. Nous devons nous rendre compte avec les grands panafricanistes cités plus haut, que l’Afrique est le berceau de la civilisation, d’où sortent la science, la médecine, la morale, l’éthique, la religion monothéiste, l’architecture, la musique et les arts. Les documents historiques sont là pour le prouver et attendent d’être consultés. Nous, lettrés haïtiens, devons refaire notre éducation afin de reprendre notre cap mental et nous élever à la hauteur des nos ancêtres, les nobles de Dahomey, d’Ife, de Konacry et du Sénégal.

Nous devons nous mesurer au courage de la masse des hommes et des femmes révoltés de Saint-Domingue qui nous ont légué ce patrimoine dont il nous reste encore à faire la valeur. Nous devons refaire les règles de la théorie politique, car Haïti relève d’une situation particulière, qui exige une ré-évaluation des notions occidentales du jeu politique. Cela veut dire que les partis politiques haïtiens, dans le présent contexte, ne peuvent plus se payer le luxe d’endosser le modèle traditionnel des pays de l’Hémisphere Nord qui veut que le but ultime d’un parti politique soit la prise du pouvoir. Donc, les partis qui ne sont pas au pouvoir rentrent d’emblée dans l’opposition. Mais la situation est telle qu’en Haïti ce modèle ne fonctionne pas. Les énergies de cette minorité de 20% qui constitue la classe politique sont dissipées et nos lettrés passent leur temps à conspirer et imaginer les meilleurs moyens de barrer l’accès du pouvoir à leur concurrents. La récupération des valeurs ancestrales veut dire que nous procédions à un remaniement profond de notre façon de penser en commençant par nous aider nous-mêmes. Les partis politiques doivent établir des écoles, des cliniques médicales, des projets de développement agricole, des citernes d’eau potable, des centres de récréation, en un mot, ils doivent participer à la reconstruction du pays, et ce bien avant leur accession au pouvoir. Au lieu de perdre notre temp à faire de l’opposition traditionnelle, nous aurions mieux gagné de nous jeter dans l’action constructive où nous finirions par nous ré-éduquer en apprenant à travailler aux côtés des fils et filles du pays.

Il est plus que temps de construire un modèle haïtien. Nos ancêtres nous on donné l’exemple en prenant en charge leur libération du joug de l’esclavage. C’est à nous de nous dégager de l’emprise néo-coloniale, et ça commence par l’adoption d’une politique éducative à la hauteur de notre histoire, de nos besoins, et de nos aspirations. Nous, lettrés haïtiens, sommes aujourd’hui à la croisée des chemins, et seul un grand konbit national, dégagé de toute influence coloniale, pourra remettre notre pays sur ses rails. Les problèmes d’Haïti requièrent une solution haïtienne dont les éléments doivent être construits à partir du modèle panafricain, y compris l’humanocentrisme inhérent à la philosophie africaine. Conscientisé en ce sens, tout en nous evertuant à affirmer notre autonomie, nous dirons avec Martin Luther King Junior que «nul n’est une île, nous vivrons ensemble comme des frères, ou nous périrons tous comme des fous». Haïti ne finira pas de fasciner le monde, et c’est à nous lettrés (et autres fils et filles du pays) de faire en sorte que nous et nos enfants soient dignes de cette fascination. À quatre ans de 2004, il est plus que temps que nous replaçions notre conscience à la hauteur de notre destinée.

La hantise de l’An 2004.

Je me demande alors pourquoi ne tremblons-nous pas à l’approche de l’an 2004? Pourquoi n’avons nous pas la hantise d’une telle échéance? Pourquoi ne nous réveillons-nous pas de cette nuit de cauchemar qui dure depuis 195 ans? Ces questions me portent à conclure que notre nonchalance face à l’ampleur de la date 2004, est une composante de notre système d’éducation formelle dont les points saillants méritent d’être élucidés.

Notre éducation semble rendre la personne inutile à elle-même excepté pour lire et écrire, une activité qui, telle conçue chez nous, devient fort souvent une fin en elle même. Paulo Freire, l’éducateur brésilien, nous a fait remarquer que lire et écrire ne sauraient être une fin en soit, et qu’une telle activité doit faire partie d’un programme de conscientisation dans le sens que l’alphabétisme devient partie intégrante de tout un plan de développement et d’action communautaires. Notre éducation maintient la dichotomie entre la ville et la campagne, entre l’ouvrier/l’agriculteur et les tenants des professions libérales, entre l’aspiration cosmopolitaine—avec tout ce que cela implique de préjugés eurocentriques—et la culture nationale.

De plus, l’éducation actuelle telle que dispensée en Haïti renforce les distances sociales et solidifie les différences de classe qui deviennent une notion inconsciente, un élément diffus dans la société haïtienne. Les gens adhèrent donc à certains comportements qu’ils ont appris à l’école ou dans les autres institutions de socialisation du pays, telles que la famille, l’église, et les clubs de divertissement, qui se renforcent par leur soutien au statu quo.

Les conséquences économiques de la faiblesse de notre éducation sont encore plus désastreuses, car notre aspiration au style de vie cosmopolitain, nous porte à endosser un modèle de consommation tourné vers l’extérieur au détriment des produits locaux. L’aliénation culturelle est donc à la base de nos déboires socio-économiques, politiques, et infrastructurelles. Enfermé dans ce cercle vicieux, on comprend que la société haïtienne frôle le désastre, et seul un sursaut révolutionnaire guidé par une conscience humanocentrique nous sortira de l’enlisement dans ce sable mouvant.

Le futur d’Haïti doit se trouver dans un programme d’éducation qui relit l’activité intellectuelle aux travaux pratiques, car l’un des problèmes du pays n’est pas seulement le fait que 80% de notre population soit analphabète, mais surtout que le contenu et l’allure du curriculum educatif jusqu’ici sont basés sur des valeurs étrangères aux intérêts du peuple, de ce fait nuisibles à une exploitation rationnelle de nos ressources naturelles, humaines, culturelles, et spirituelles. Là se trouve la clé du développement en Haïti, développement dans le sens que la rénovation physique de l’infrastructure marche de pair avec la réhabilitation du tissu social et l’approfondissement spirituel du patrimoine ancestral, et ce, dans le vrai sens de justice communautaire et de fierté nationale.

Nous, lettrés haïtiens, sommes à la croisée des chemins. À l’approche de notre bicentenaire de l’indépendance en 2004, nous devons ou emboîter le pas au grand mouvement d’affirmation culturelle qui bat son plein dans les Amériques, ou continuer à récolter les fruits amers de nos 195 ans d’aliénation. Je veux croire que nous saurons bien choisir, et opter pour l’harmonisation de nos plans de développement aux dimensions de notre réalité historique et culturelle.

Gerdès Fleurant, Ph.D. enseigne l’Ethnomusicologie à Wellesley College dans le Massachusetts, où il dirige aussi le Bureau de La Ligne et du Plan d’Action Multiculturels.


Jonah, plasticien en herbe. —photographie de David Henry
Jonah, plasticien en herbe. —photographie de David Henry

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